photo agence Anne & Arnaud

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Il est le chantre du minimalisme. Mais un minimaliste qui sans cesse fait surgir du relief dans le quotidien. Philippe Delerm a sorti un recueil de textes courts. Et pour cause : cette fois, c’est un journal intime intitulé Journal d’un homme heureux, paru au Seuil. « Il n’y a pas de vie meilleure à boire que la mienne, ces jours-là. Ce sont les jours ordinaires. J’aime moins les jours extraordinaires. » Tout le paradoxe est là, annoncé dès les premières pages. Un livre tout en douceur de la part d’un écrivain qui taille la route, sans haine dans le sac à dos. Et sans « postures ». Entretien avec Philippe Delerm qui sera jeudi 1er décembre à l’Armitière à Rouen.

 

Pourquoi publier votre journal intime ?

S’il devait être publié, je pensais que ce serait après ma mort. Mais mon éditrice a souhaité le lire et m’a convaincu que sa publication avait lieu d’être aujourd’hui.

 

Pourquoi avoir choisi cette courte époque, entre septembre 1988 et décembre 1989 ?

Cela correspond à la fin d’une période d’intense activité ; notamment associative. Avec Martine [Delerm, son épouse et auteure elle-même. NDR], nous nous sommes dit que le moment était venu de réaliser nos rêves. A l’époque, j’étais plongé dans l’écriture d’un roman sur les peintres prérapahélites [Autumn, paru en 1988 aux éditions du rocher. NDR] et j’avais l’impression d’étouffer tant le travail sur le roman était exigeant. J’ai donc commencé un journal intime pour respirer et mener journal intime et roman de front.

 

Et l’on sent que vous avez le temps à ce moment-là. Le temps de profiter…

Et je dis merci à l’Education nationale de m’avoir envoyé en Normandie, au fond d’une province perdue. Je n’aurais pas forcément aimé une province trop bourgeoise. Mais Beaumont-le-Roger, c’était parfait. Un coin très joli, des ruisseaux, de la forêt, une espèce de rythme, des sensations riches… Et dans cette période, j’avais vraiment le sentiment de vivre un moment précieux… quand on a la chance que les gens qu’on aime se sentent bien, qu’on a l’impression de s’être trouvé.

 

On sent un peu de nostalgie… D’ailleurs, vous l’évoquez dans l’un des quelques commentaires – datés de 2015 et 2016, ceux-là – que vous avez joints au texte original.

Quand on a été heureux, on regrette. A l’époque, Vincent [le fils musicien. NDR] était petit. Heureusement, aujourd’hui, on peut « renouveler » avec les petits enfants. Mais ça n’empêche pas la tristesse.

 

Journal d’un homme heureux, c’est un titre provocateur à une époque chargée de tensions, non ?

Je pense au contraire qu’il a rarement été aussi utile. Quand la vie est menacée, c’est le moment d’être encore plus présent.

 

Propos recueillis par Hervé Debruyne

 

  • Jeudi 1er décembre à 18 heures à l’Armitière à Rouen. Entrée libre.