Dans Dufy au Havre, le MuMa – musée d’art moderne André-Malraux réunit un ensemble inédit de tableaux et dessins d’un grand artiste du XXe siècle. Environ 80 œuvres pour comprendre le lien entre le peintre et son sujet.

Des peintures, des dessins, une tapisserie, des céramiques, des créations sur tissu… Le MuMa – musée d’art moderne André-Malraux au Havre possède en tout 128 œuvres de Raoul Dufy (1877-1953). Un fonds exceptionnel constitué après un legs d’Emilienne Dufy, l’épouse du peintre,  en 1952, d’un dépôt du musée national d’art moderne à Paris, de plusieurs dons et achats. Un fonds d’autant plus riche qu’il couvre toutes les périodes de la production de Raoul Dufy.

Jusqu’à présent, un grand nombre de ces œuvres étaient conservées dans la réserve du musée. Pour la première fois, le MuMa rassemble jusqu’au 3 novembre quelque 80 œuvres issues de sa collection et aussi de collections publiques et privées, françaises et étrangères lors de cette exposition intitulée Dufy au Havre. Un titre comme une évidence. Pourtant « pourquoi n’y avoir pas pensé plus tôt ?, s’interroge Annette Haudiquet, conservateur en chef du patrimoine et directrice du MuMa. Les expositions ont des vertus. Il suffit de mettre des œuvres côte à côte pour que surgissent des problématiques. Lorsque nous avons présenté Impression, Soleil levant, nous avions réuni des œuvres d’artistes, comme Monet, qui ont peint Le Havre. Parmi elles, il y avait huit tableaux de Dufy et, devant nous, un concentré du parcours artistique de Dufy avec cette récurrence du sujet havrais ».

Une période réaliste

Dufy au Havre, c’est en effet une promenade dans les différents chapitres de la vie du peintre. Tout commence par une série de quatre aquarelles sur le port en pleine transformation et Fin de journée au Havre, peint en 1901 et présenté au salon des artistes français à Paris. C’est une toile réaliste peinte durant l’hiver dans une lumière singulière. Dufy représente des charbonniers fatigués après avoir porté le charbon en vrac à un moment où se multiplient les troubles sociaux.

La suite : Dufy s’intéresse aux scènes d’intérieur, dresse le portrait de ses proches, s’installe sur la plage du Havre. Comme les impressionnistes. « Dufy aime peindre la foule. Il aime les gens, les gens qui animent les lieux, les badauds qui regardent les bateaux », remarque Sophie Krebs, conservateur général du patrimoine au musée d’art moderne à Paris qui voit une influence d’Albert Marquet. 

Une plongée dans le bleu

Raoul Dufy traversera ensuite le fauvisme après avoir découvert Matisse, s’intéressera au travail de Cézanne alors en voyage à L’Estaque. Fort de cette expérience, il retrouve le motif havrais et peint La Plage du Havre, Le Casino Marie-Christine, La Pêche au haveneau, Le Port du Havre. Il poursuit ses explorations avec les Baigneuses, ces grands formats colorés, plonge dans le bleu pour retrouver le sujet de la plage, la promenade, l’estacade, la mer et ses signes en forme de V.

À la fin de sa vie, Raoul n’est plus au Havre mais dans le sud de la France  pour des raisons de santé. Il n’en oublie pas sa ville natale lorsqu’il entame sa magnifique série sur les Cargos noirs, tel un pressentiment une mort prochaine. Il dessine juste les contours du bateau sur une surface noire, entourée de plans colorés. Ces tableaux restent les dernières recherches d’un peintre attaché à la question de la lumière.

Infos pratiques

  • Jusqu’au 3 novembre, tous les jours du mardi au vendredi de 11 heures à 18 heures, les samedi et dimanche de 11 heures à 19 heures, au MuMa, musée d’art moderne André-Malraux au Havre.
  • Tarifs : 10 €, 6 €, gratuit pour les moins de 26 ans, les demandeurs d’emploi, pour tous le premier samedi de chaque mois