Cette année, le festival A l’Est du nouveau s’ouvre à la Serbie. C’est Darko Lungulov qui lance vendredi 17 avril la dixième édition à l’Omnia à Rouen avec la projection du Monument de Michael Jackson. Dans son deuxième long métrage, le réalisateur serbe raconte l’histoire d’un homme simple et réveur, un veritable anti-héros qui fait le bien autour de lui. A la place d’un monument glorifiant l’ère communiste qui vient d’être déboulonné, il veut installer une statue de Michael Jackson. Cette idée n’aura pas que des adeptes. Le Monument de Michael Jackson est une comédie noire. Interview avec Darko Lungulov.

 

Comment est venue l’idée de ce film ?

L’idée m’est venue lors de la lecture d’un article de journal. Dans une petite ville de Serbie, un monument de Rocky Balboa a été érigé dans le square principal. L’équipe municipale espérait attirer des touristes et faire parler de cette petite ville à l’agonie située au milieu de nulle part. J’ai tout d’abord considéré cette idée incroyablement folle. Mais, plus j’y pensais, plus elle me semblait cohérente. En Serbie, les habitants ne savent plus très bien qui sont leurs héros. On ne fait plus très bien la distinction entre les criminels de guerre et les héros de guerre de la guerre civile pendant les années 1990. Les héros de la Seconde Guerre mondiale sont reconsidérés. Spécialement s’ils sont communistes. Il y a une tendance à minimiser leur combat contre l’occupation allemande.

 

Etes-vous un fan de Michael Jackson ?

Non, pas du tout. Je l’ai choisi parce qu’il est une figure très contreversée et qu’un tel monument entrainerait plusieurs conflits dans l’environnement patriarcal serbe. De plus, dans chaque bonne histoire, il faut un conflit. J’avais déjà commencé à écrire le scenario lorsque nous avons appris la mort de Michael Jackson. J’étais à une semaine de la fin de cette période d’écriture. Ce matin-là, je me suis levé tard et j’ai trouvé dans mon telephone plusieurs messages d’amis et de collègues qui connaissaient le sujet de mon prochain film. Après l’annonce de la mort de Michael Jackson, j’ai été contraint d’arrêter d’écrire et de repenser toute l’histoire. J’ai donc arrêté d’écrire et j’ai commencé à rechercher différentes réactions à cette mort dans les pays qui constituaient la Yougoslavie (Serbie, Croatie, Bosnie…). Je me suis ainsi rendu compte que les gens avaient été très touchés. Mais c’était comme si les habitants de la Yougoslavie n’étaient pas seulement en deuil à cause de la mort de Michael Jackson mais aussi à cause de ces années perdues et malheureuses de guerre civile qui a déchiré la Yougoslavie. Pour eux, la musique de Michael Jackson était devenue la bande son d’un passé meilleur. Quelqu’un avait écrit sur l’Internet : maintenant que Michael Jackson est mort, je sais que la Yougoslavie est réellement morte. J’ai découvert ce lien invisible entre la mort de Michael Jackson et la chute de la Yougoslavie communiste. Je ne m’en étais pas du tout aperçu auparavant. Cela m’a beaucoup influencé.

 

 

Est-ce que le principal sujet du film reste une société sans rêves et sans idéaux ?

On peut en effet dire que c’est un des sujets du film. C’est une société désorientée qui a perdu ses vieux idéaux, qui vit une période de transition et recherche de nouveaux idéaux.

 

Le personnage principal est un homme optimiste, un rêveur. Est-il proche de Don Quichotte ?

Oui bien sûr. Il est l’un des rares personnages, peut-être le dernier à rêver. Ce monument vient réveiller les vieux démons de la société serbe. Parallèlement, il fait émerger un nouveau héros, un personnage tragi-comique comme Don Quichotte, prêt à aller jusqu’au bout de ses rêves. A la fin, le personnage et son idée deviennent quelque chose de monumental et historique. La statue est un symbole puissant de tolérance.

 

Pourquoi avez-vous ajouté une histoire d’amour et de corruption dans le film ?

L’amour est une des forces contre le désespoir et l’apathie. Quant à la corruption, elle est présente partout en Serbie, probablement partout dans les Balkans. C’est presque une manière de vivre. Il est donc impossible de la séparer de la vie ordinaire.

 

Quel est votre prochain projet ?

Je suis actuellement en train de travailler sur King and Queen, une histoire inspirée d’événements reéls concernant un championnat d’échecs, un match joué entre le champion Bobby Fischer et son principal rival Boris Spasky en Yougoslavie au moment le plus sanglant de la guerre civile dans les années 1990.

 

  • Vendredi 17 avril à 19 heures à l’Omnia à Rouen. Tarifs : 5,50 €, 3,50 €. Projection en présence du réalisateur.
  • Programme du festival A l’Est du nouveau : ici
  • Lire aussi l’interview de David Duponchel, fondateur du festival