photo Christophe Pean

Combien un spectateur est-il prêt à payer pour voir un spectacle, assister à un concert ou encore découvrir une exposition ? Le lien entre l’art et l’argent est abordé dans ce NoShow du 27 au 29 novembre au Volcan au Havre. Le collectif Nous sommes ici et le théâtre DuBunker évoquent ce sujet avec beaucoup d’humour et un petit grain de folie dans ce délire théâtral où le public tient une place importante. Explication avec le metteur en scène québécois Alexandre Fecteau.

Écrire un NoShow n’est a priori pas très vendeur ?

Oui mais cela s’est imposé. Nous étions dans une situation qui nous amenait à nous questionner sur la création. Les comédiens jouent et ont aussi un travail alimentaire. Un jour, certains n’ont pas pu venir assister à la répétition du spectacle précédent. Une question a surgi : et s’ils ne pouvaient pas être présent le jour de la représentation ? Voilà le point de départ du NoShow. D’autres interrogations ont suivi. Que voulons-nous faire de nos vies ? Est-ce que devenir artiste est une bonne idée ? Combien vaut un spectacle ? A quel prix une personne estime-t-elle une création ? Nous avons eu envie de parler de ce métier qui n’est pas toujours merveilleux.

En quoi est-il merveilleux ?

Mon métier, c’est jouer. Il nous permet de voyager, d’être choyés, de créer. Je suis très reconnaissant envers la société qui rendent tout cela possible ?

Est-ce parler de l’art et de l’argent reste encore tabou ?

Je pense que oui. On veut avoir une image pure de l’art. En règle générale, l’argent est un sujet tabou. Même dans les entreprises. On ne dit pas combien on gagne. C’est pire dans le domaine culturel. 

Comment s’est écrit le NoShow ?

Le NoShow est un spectacle entre cabaret et conférence. C’est une succession de numéros avec des adresses directes au public pour parler de quatre thèmes. Le premier : l’argent qui nous a beaucoup questionné. Il y a aussi la reconnaissance. Un artiste se demande toujours s’il est utile, s’il a sa place dans la société. L’acharnement est le troisième sujet pour poser la question du sens. Combien nous sommes-nous demandés si nous devions renoncer ? Cela débouche sur la désillusion. Beaucoup de choses nous hantent. Et ce sont ces choses qui peuvent nous faire arrêter ce métier. Nous sommes partis des parcours des comédiens et comédiennes du NoShow. C’est un regard lucide.

Si le public est un des acteurs du spectacle. Quelle est la part d’improvisation ?

Il y a une partition, une règle du jeu et aussi une partie plus improvisée. L’imprévu a en effet sa place et chaque représentation est unique. Nous cherchons à travailler le lien avec le spectateur. Nous voulons une communion avec lui qui va au-delà des revendications. Le public doit être notre allié. Sans tomber dans une lutte syndicale, nous souhaitons qu’il agisse avec nous pour que la culture soit une priorité. Tout le monde doit être soudé en tant que communauté de théâtre. Rien de lourd dans tout cela. Nous avons voulu un regard drôle sur cette question.

Avez-vous trouvé des réponses à l’issue de la création du NoShow ?

Oui, en partie mais il n’y a pas une réponse qui va nous rassurer. Il faut apprivoisé tout cela, ces doutes, se faire confiance. Même s’il y a des haut et des bas. Le plaisir est toujours là et il est renouvelé avec le public. Le théâtre est capable de susciter des élans, de rassembler, de remuer. Cela nous fait d’autant plus aimer ce que nous faisons.

 

 

Infos pratiques

  • Mardi 27 novembre à 20h30, mercredi 28 et jeudi 29 novembre à 19h30 au volcan au Havre.
  • Prix libre.
  • Réservation au 02 35 19 10 20 ou sur www.levolcan.com