Elle est une femme libre. Elle a un tempérament de feu. Carmen va séduire le Don José, puis tomber dans les bras d’Escamillo. Avec le metteur en scène Andrea Bernard, l’œuvre de Georges Bizet (1838-1875) se déroule toujours à Séville mais dans un cirque. Carmen en est la reine avec son numéro de danse et de magie. Cette adaptation, interprétée par l’orchestre de l’Opéra de Rouen Normande, dirigé par Aleandra Cravero, est l’opéra participatif de la saison durant lequel le public est invité à chanter. Chauffez votre voix pour les représentations de Carmen du dimanche 24 et mercredi 27 février, du vendredi 1er et samedi 2 mars. Entretien avec Andrea Bernard.

Carmen est un des opéras les plus joués. Vous êtes-vous laissé influencer par une version ?

Quand je commence à travailler sur une pièce, je fais comme si c’était toujours ma première fois. Je connais les versions différentes bien sûr, et je me laisse inspirer surtout par les musiques enregistrées. Dans Carmen, j’ai puisé mon inspiration dans la version dirigée par Abbado avec Berganza dans le rôle de Carmen, et dans la version de Karayan avec Giulietta Simionato. En ce qui concerne l’aspect visuel, je connais très bien plusieurs productions, mais j’ai voulu inventer sans me faire influencer. Dans ce cas spécifique, j’ai dû imaginer un spectacle pour les enfants qui devait être tout à fait différent. 

D’où est venue cette idée d’adapter Carmen dans le monde du cirque ?


Pour cette version de Carmen, j’ai voulu mettre en évidence la liberté, car chaque individu doit être libre d’éprouver ce qu’il ou elle ressent et doit pouvoir être ce qu’il ou elle veut, dans le respect des autres –  comme le fait Carmen dans l’intrigue de Bizet. Voilà, le sujet de la liberté m’a poussé à mettre l’œuvre en scène dans un cirque – un lieu symbole d’une vie itinérante, nomade et sans aucune restriction. Enfin, le cirque permet de porter le méta-théâtre dans la dramaturgie, c’est-à-dire le théâtre dans le théâtre : c’est ainsi que, dans le final dramatique de la pièce, la magie du cirque devient médiatrice et adoucit la cruauté et la violence.  

Le cirque suppose l’illusion. Comment avez-vous travaillé cet aspect ?

Le cirque est en effet synonyme d’illusion avec cet aspect magique qui a une grande puissance évocatrice. L’imagerie du cirque est capable de projeter le spectateur dans un univers différent, protégé par un chapiteau, abri pour une famille de personnages qui y trouve sa propre identité. Je pense que le cirque représente la métaphore idéal de l’amour entre Carmen et José. J’ai cherché à raconter l’histoire à travers des images poétiques, qui peuvent aider le public plus jeune à comprendre le charme de Carmen, en utilisant un langage visuel ludique plus proche du monde des enfants, et donc plus accessible.

Pourquoi le cirque de Séville ?

On voulait maintenir dans notre version l’atmosphère exotique et espagnole décrit par Bizet. Carmen se déroule à Séville, donc c’était important de rendre aux enfants cette idée d’ambiance. Tous les personnages sont liés à l’Espagne : Escamillo, par exemple, est un homme fort mais qui reprend une esthétique avec un côté espagnol. 

Qui est votre Carmen ? Est-ce seulement une femme fatale ?

Carmen est une femme très forte qui a dû faire face à des situations difficiles dans sa vie. Sa conscience du monde et sa determination sont les éléments qui rendent ce personnage fascinant. Carmen a une vision du monde très claire, fondée sur la liberté. Cet aspect est tellement dominant qui l’empêchera d’aimer José, et la conduira à s’abandonner à la mort plutôt qu’accepter des compromis. Au contraire, Carmen n’est pas le seul personnage séduisant. Micaëla aussi est irrésistible d’une façon différente. Son charme vient de la pureté, de son esprit qui est en même temps enfantin, spontané, mûr et réfléchi. Carmen et Micaëla sont deux faces de la même médaille, deux façons différentes d’être charmantes, deux visions de l’amour. 

Comment abordez-vous le lien entre liberté et amour ?

Je voulais passer le message aux enfants que l’amour doit être libre : les gens doivent pouvoir être libres d’être ce qu’ils veulent, sans aucune restriction imposée par les autres. J’ai souligné cet aspect grâce aux dialogues où Carmen atteste son droit à la liberté d’être ce qu’elle veut. De nos jours, on entend de plus en plus parler d’épisodes de répression : c’est injuste dans une société qui devrait être, à mon avis, de plus en plus ouverte aux changements, prôner l’acceptation de chacun et être vouée à l’inclusion de l’individu. L’amour est intimement lié au concept de liberté. Si on apprend à aimer notre famille, nos amies, nos voisins – si on a le courage d’aimer – nous sommes des hommes libres. Et donc, est-ce que la force de l’amour, son énergie positive, son immense beauté sauvera le monde ? J’espère que les enfants pourront réfléchir sur cet aspect.

Infos pratiques

  • Dimanche 24 et mercredi 27 février à 16 heures, vendredi 1er mars à 20 heures, samedi 2 mars à 18 heures au Théâtre des Arts à Rouen.
  • Tarifs : de 32 à 10 €. Pour les étudiants : carte Culture.
  • Réservation au 02 35 98 74 78 ou sur www.operaderouen.fr

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  • Gagnez vos places pour la représentation du mercredi 27 février à 16 heures au Théâtre des Arts à Rouen.
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