photo François Pugnet

Anny Duperey est à l’Armitière à Rouen mercredi 28 février pour son livre Le Rêve de ma mère (Seuil). Retour sur ses terres pour la comédienne qui a passé ses vingt premières années dans la capitale régionale. C’est aussi à Rouen qu’elle devient orpheline à l’âge de 7 ans, suite à un accident domestique qui emporte ses parents. C’est ici aussi qu’est né le projet de son dernier livre, lorsqu’Anny Duperey apprend que le cirque-théâtre dans lequel ses grands-parents avaient fait carrière est certes mal en point mais n’a pas été détruit. Il s’agit du cirque-théâtre d’Elbeuf qui connaîtra la belle renaissance que l’on sait. Un nouveau tournant dans la vie d’une femme qui ne croit décidément pas au hasard. Entretien.

Comment est né ce livre ?

La découverte d’Elbeuf a été un véritable choc pour moi. Cela a généré des questionnements que j’avais en moi depuis toujours. Et depuis 8 ans, j’avais dans la tête ce livre que je n’ai commencé qu’il y a un an et que j’ai finalement écrit très vite. Je n’avais pas prévu son déroulé.

C’est que le moment était venu de l’écrire ?

Probablement. Il n’aurait pas pu arriver plus tôt dans ma vie. C’est comme une photo-satellite : ma vie vue d’en haut avec ses courants chauds, ses courants froids… Ce livre repose la question du rôle que peuvent jouer les morts dans votre vie.

Quels souvenirs gardez-vous de Rouen ?

Une sorte de tristesse, même si j’ai de beaux souvenirs des années 1970. Je me souviens très bien des Beaux-Arts mais paradoxalement, pas du tout, de mon entrée au Conservatoire avec Jean Chevrin… A l’époque, j’étais un funambule, au-dessus de tout. Je ne me posais aucune question. Hyper-protégée, j’étais aussi fermée. Cela se voit sur les photos de l’époque, je trouve. Ce n’est que lorsque j’ai rencontré Bernard Giraudeau que j’ai arrêté de prendre des risques.

Alors comment gérez-vous l’écriture en évoquant les pages les plus intimes et les plus difficiles de votre vie ?

C’est sans doute le livre que j’ai eu le plus peur de sortir, c’est vrai. Mais au moment de l’écriture, on se débrouille. Quand je fais des lectures ou entends d’autres lire mes mots, c’est plus compliqué. Quand Laurent Ruquier a malencontreusement lu les dernières lignes de mon livre, j’ai fondu en larmes et je ne pouvais plus m’arrêter. Il n’y a tout-à-coup plus de mise à distance possible.

Vos lecteurs vous en sont reconnaissants…

Récemment dans un salon du livre, une dame est passée. Entendant que je parlais de cette franchise avec laquelle j’évoquais ma vie dans mes livres, elle a dit : « N’ayez pas peur, votre confiance honore vos lecteurs… » J’ai trouvé cela très beau.

Vous êtes devenue extrêmement populaire. Comment l’expliquez-vous ?

Cette popularité est arrivée avec la diffusion de la série Une famille formidable [qui est partie pour une 15e saison sur TF1. NDLR]. Je suis devenue pour un large public complètement inaccessible, loin de l’image que j’avais auparavant, comme dans Un éléphant, ça trompe énormément, par exemple. Et d’ailleurs, là encore, il y a eu un hasard hallucinant. A l’époque, je terminais l’écriture du Voile noir [dans lequel Anny raconte pour la première fois la mort de ses parents. NDLR]. C’était très douloureux. C’est alors que mon agent m’a proposé 3 comédies dont une qui commençait précisément le lendemain du jour où je devais rendre le manuscrit à mon éditeur. C’était une Famille formidable, réalisée par Joël Santoni, lui aussi orphelin et qui plus est, au même âge que moi… Depuis, je n’ai jamais arrêté la série et je le ferai tant que l’on me le demandera. Car il faut être polie avec la chance…

Une série qui célèbre une famille nombreuse, c’est un peu un pied-de-nez pour deux orphelins…

Nous, les orphelins, je crois que nous pouvons passer très vite du nez rouge aux larmes…

Quelle est votre devise aujourd’hui ?

Tout ce qui n’est pas donné est perdu…

Propos recueillis par Hervé Debruyne

  • Mercredi 28 février à 18 heures à l’Armitière à Rouen. Entrée libre