photo Club Bayeux

La voix est posée et laisse transparaître une certaine timidité. La retenue s’envole lorsqu’il est sur scène. Bachar Mar-Khalifé est d’un charisme impressionnant, d’une énergie débordante. L’émotion est puissante, Le musicien, parti à 6 ans d’un Liban confronté à une guerre civile, mêle son piano aux percussions, au oud, aux machines, multiplie les collaborations. Vendredi 7 décembre, il est au 106 à Rouen pour jouer son nouvel album, The Water Wheel, un hommage à Hamza El Din qu’il écoute depuis son adolescence. Issu d’une famille de musiciens, Bachar Mar-Khalifé joue jeudi 13 décembre à Dieppe Piano sur le fil avec les acrobates du collectif AOC. Entretien.

Vous menez divers projets. Est-ce que la musique est un long chemin jonché de rencontres ?

La musique est un passage, oui, un long chemin. Je ne sais où cela va m’amener à quelque chose plus tard. Cependant, il faut profiter de ce chemin pour rencontrer des choses que l’on n’a pas prévu de faire, d’autres artistes. On le sait : on grandit avec les autres. Comme je n’aime pas anticiper, je veux rester ouvert à toutes les collaborations.

Que voulez-vous dire par grandir ?

J’attends beaucoup d’une rencontre, quelles qu’elles soient. J’attends au minimum un échange et au mieux un mélange total des arts. Comme si on créait un nouveau genre, une nouvelle situation dans laquelle on va évoluer ensemble. Même si chaque histoire est une remise en question. À chaque fois il faut aller repuiser dans les sources pour réveiller ce monstre magnifique. D’autre part, les autres m’apportent la justification de monter sur scène. C’est une énergie commune.

Pourquoi parlez-vous de monstre ?

C’est ma manière de nommer une chose que l’on n’a pas prévu et qui n’est pas naturelle. C’est toujours quelque chose d’étrange.

 

 

Vous faites partie d’une famille de musiciens. Est-ce que vous avez un rapport naturel à la musique ?

Oui, il est naturel parce qu’elle fait partie de mon environnement, de mon quotidien. Mais je n’ai pas un rapport facile parce que la musique demande beaucoup de rigueur, de sacrifice, de volonté. Elle amène aussi beaucoup de questions. Et j’ai toujours eu la volonté de fuir la volonté. Je lutte contre cela.

Comment votre rapport au piano a évolué au fil du temps ?

J’ai une relation très spéciale. En fait, le piano me ramène à mon enfance. Et, en même temps, on peut faire tellement de choses au niveau harmonique, mélodique.

Et les percussions ?

À un moment, mon temps était.entièrement dévoué aux percussions. Aujourd’hui, c’est le piano. J’ai délaissé les percussions il y a trois ans.. Mais mon instrument premier, c’est le piano. J’ai obligatoirement une relation spéciale avec cet instrument. Pourtant, je ne me sens pas du tout pianiste. Je suis un percussionniste qui joue du piano.

Dans votre travail, le silence tient une place importante. Pourquoi ?

Dans le travail, les choses sont liées à la personnalité de chacun. Je suis sensible au silence et méfiant envers les environnements bruyants et bavards. C’est difficile dans la musique d’aller chercher le silence. Cela passe inévitablement par le bruit, la masse sonore.

Et les mots ?

À une période de ma vie, je fuyais les chansons à texte, celles qui voulaient faire comprendre quelque chose. Je préfère quand tout est relié directement.

 

 

Votre dernier album, The Water Wheel, est un hommage au père de la musique nubienne, Hamza El Din. Pourquoi aujourd’hui ?

C’est venu spontanément quand j’au eu l’opportunité d’avoir une carte blanche. C’est un répertoire que je connais le mieux. Ce sont les chansons de mon père. C’est aussi avec Hamza El Din que j’ai eu mes premiers rapports à la musique. Je suis revenu très souvent à son répertoire. Il m’a aussi ouvert de belles portes, des opportunités de création.

Comment avez-vous travaillé ces chansons ?

J’ai pris le parti d’avoir l’impression d’écrire la musique moi-même. Elle est tellement inscrite dans mon cœur et dans mes oreilles. Donc je n’ai pas eu d’appréhension particulière. J’ai été guidé par l’esprit de liberté que j’entendais dans les chansons.

Est-ce que Piano sur le fil est un duo entre les acrobates du collectif AOC et vous ?

Ils ont travaillé sur mon répertoire, sur mon concert solo. C’est un spectacle qui grandit à chaque représentation. Les acrobates ont un rapport différent avec chaque chanson. Chaque tableau est indépendants. C’est un exercice intéressant.

 

Les dates

  • Vendredi 7 décembre à 20 heures au 106 à Rouen. Tarifs : de 22,50 à 6 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 32 10 88 60 ou sur www.le106.com Première partie : Loya
  • Jeudi 13 décembre à 20 heures à la scène nationale de Dieppe avec Le Plus Petit Cirque du monde. Tarifs : de 23 à 10 €. Réservation au 02 35 82 04 43 ou sur www.dsn.asso.fr