Depuis 2017, le musée des Beaux-Arts de Rouen raconte des pages singulières de l’histoire des artistes du XXe siècle. Celles consacrées à leur travail en Normandie. Après Picasso à Boisgeloup, Duchamp, il revient sur le séjour de Braque à Varengeville-sur-Mer qui a également accueilli Nelson, Calder et Miró. Cette belle exposition, Braque, Miró, Calder, Nelson… Varengeville, un atelier sur les falaises, est à découvrir jusqu’au 2 septembre.

Varengeville-sur-Mer a été le refuge de plusieurs grands artistes du XXe siècle. C’est Paul Nelson, l’architecte américain, qui fait découvrir à Georges Braque le petit village perché sur les falaises. Dès 1930 et jusqu’à son décès en 1963, le peintre et sculpteur y multiple les séjours, achète une maison et se fait construire un atelier. De cette tranche de vie, il en reste de nombreux témoignages. Notamment avec les photographies de Mariette Lachaud. « Elle est la fille de la cuisinière des Braque. Un jour, le peintre lui offre un appareil-photo, rappelle Joanne Snrech, conservatrice au musée des Beaux-Arts de Rouen. Mariette Lachaud va alors photographier le quotidien de la maison. Il existe un fond encore peu exploité. Les photographies ne sont pas toujours de très grande qualité mais elle est là à chaque fois au bon moment. Elle saisit des instants très intimes. C’est un précieux témoignages ».

L’installation de Braque à Varengeville-sur-Mer marque une nouvelle ère dans son travail de peintre. « Il adopte un nouveau langage », remarque Sylvain Amic, directeur des Réunion des musées de Rouen. Braque revient aux paysages, après avoir abandonné ce sujet pendant la période cubiste. Il s’empare de nouveaux motifs. « On voit apparaître de nouveaux matériaux, de nouvelles formes, plus arrondies et différents styles, influencés par le surréalisme et le biomorphisme ».

Le thème de l’oiseau

C’est toute cette histoire qui est racontée dans cette exposition, Braque, Miró, Calder, Nelson… Varengeville, un atelier sur les falaises, visible jusqu’au 2 septembre au musée des Beaux-Arts de Rouen. Braque peint la plage avec des scènes heureuses. Grand connaisseur de la mythologique grecque, il réinvente les grands classiques de la littérature antique. Zélos et Héraclès sont des œuvres mystérieuses en plâtre peint avec ses lignes emmêlées pour dessiner d’un geste libre les figures des dieux et divers motifs. C’est une occasion pour le peintre de se lancer dans la pratique de la sculpture avec des morceaux de craie et de bois trouvés sur la plage.

L’exposition présente la célèbre série sur l’oiseau, un motif récurent durant les dernières années de la vie de Braque. « L’atelier de Braque à Varengeville-sur-Mer n’avait pas de fenêtres mais de hautes baies vitrées. Il était ainsi entre la terre et le ciel. Le motif de l’oiseau est un prétexte pour peindre le ciel. Il y a là comme une réponse à une aspiration spirituelle », commente Sylvain Amic. Sur ces œuvres, l’oiseau aux lignes simples est en plein vol, seul ou pas. Il a été aussi la base d’un travail avec des poètes, comme Saint-John Perse.

Calder et aussi Miró

Braque et l’architecte Nelson n’étaient pas seuls à Varengeville-sur-Mer. Durant les années 1930, le village a accueilli d’autres prestigieux artistes comme Calder et Miró. « Pendant les moments de grandes tensions durant cette décennie, les artistes se retrouvent ici pour vivre un moment de bonheur et de plénitude ». 1937 a été « L’Été des géants ». Tous échangent, tissent des liens d’amitié et travaillent.

Miró revient lui aussi au paysage avec Le Vol d’un oiseau sur la plaine II. Il se souvient du bercement du train, des champs à perte de vue et d’un oiseau en plein vol dans une ambiance nocturne. Le peintre espagnol évoque la liberté dans les séries Varengeville . Quant à Calder, il imagine La Fontaine de Mercure, commence sa série de Constellations en bois peint et fil de fer. Ensemble, Miró et Calder vont participer au dessin de la maquette de la maison suspendue de Paul Nelson qui acquiert des œuvres des trois artistes.

Infos pratiques

  • Jusqu’au 2 septembre, tous les jours, sauf le mardi, de 10 heures à 18 heures au musée des Beaux-Arts à Rouen.
  • Tarifs : 9 €, 6 €, gratuit pour les moins de 26 ans et les bénéficiaires des minima sociaux.
  • Renseignements au 02 35 71 28 40 ou sur www.musees-rouen-normandie.fr