photo Akim Laouar Aronsen

Cela fait dix ans que Cascadeur promène cette poésie électrique et cette mélancolie incandescente. Il y a eu The Human Octoplus en 2011, Ghost Surfer en 2014. Voilà Camera, un troisième album, toujours enivrant, qui s’inspire du cinéma américain des années 1970 et 1980. Pas étonnant parce que Cascadeur a multiplié les collaborations avec les auteurs du 7e art. Il décrit un monde nocturne de surveillance généralisée, de violence, d’espionnage, de manipulation… Cascadeur est en concert vendredi 9 novembre à DSN à Dieppe. Entretien avec Alexandre Longo alias Cascadeur.

Comment la musique vous a amené au cinéma ?

En fait, c’est le cinéma qui m’a amené à la musique. Quand j’ai vu un film pour la première fois dans une salle obscure, j’ai ressenti des sensations fortes. Aller au cinéma, c’est prendre un chemin. On arrive dans une grande salle. On est plongé dans le noir. Il y a des vibrations. Enfant, on atteint aussi le monde des grands. À travers les films, j’ai eu accès à une vie musicale. 

Avez-vous hésité à un moment entre le cinéma et la musique ?

Oui, il y a eu une hésitation. J’ai eu plusieurs périodes dans ma vie. J’ai commencé par des études d’arts plastiques. J’ai fait beaucoup de peinture. Et la peinture, c’est du cinéma immobile. Par la peinture, j’écrivais des storyboards. Mais le cinéma me paraissait hors d’atteinte. Les processus sont très lourd. La musique m’a permis de créer des paysages sonores. C’est un raccourci pour toucher au cinéma qui est la rencontre entre l’image et le son. Moi, je fais du cinéma avec la musique et la peinture. À un moment, j’avais une double vie. Je faisais les deux. Plus ça allait, plus les instruments prenaient de la place. Aujourd’hui, ils prennent toute la place. 

Est-ce que la peinture vous manque ?

J’ai de plus en plus envie de revenir à la peinture. Cela me manque.

Ce casque, est-ce alors votre écran de cinéma ?

Complètement. Ma visière est comme un miroir qui me renvoie une image. Quand on écoute un morceau, il y a l’idée de la projection. Sur scène, je suis un écran de projection et mon casque, une caméra. Du coup, on ne sait plus qui regarde qui. J’essaie d’explorer cette idée du dédoublement.

 

 

Quelle est véritablement cette Caméra, titre de votre album ?

Il y a celle du cinéma et toutes ces caméras dans le monde, dans l’espace public et dans la sphère privée. Aujourd’hui, toute le monde se regarde. C’est un jeu fascinant et effrayant. L’Homme se montre sans arrêt et devient sa propre créature. Mais est-ce que l’on ne se montre pas autant pour mieux disparaître ? Il y a en même temps de l’exhibitionnisme et de l’autosurveillance.

Qu’aimez-vous dans le cinéma des années 1970 et 1980 ?

Je viens du monde universitaire et j’aime bien faire des recherches; Je suis fasciné par ces personnes qui passe leur vie sur un sujet. Avant d’écrire Camera, j’ai entamé un travail de réflexion autour du passé. Quand on fait quelque chose, on voyage dans le temps et on est dans les temps. On est autre. Ce qui permet la contemplation. J’ai alors visité des films anciens. À ces périodes-là, on est en pleine guerre froide. On emprisonne des espions. On fait disparaître des journalistes… on pourrait penser que c’est une forme d’archaïsme. En explorant ce cinéma-là, je me suis aperçu que c’était mon archaïsme à moi. Cela crée des ponts temporels. J’ai eu envie de rendre hommage à ce cinéma qui prenait des risques.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé à cette thématique aujourd’hui ?

C’est une des obsessions que je transporte. Quand je regarde mes travaux d’étudiant, je m’aperçois que je porte ces idées dans le temps. Cela fait partie des bagages que je traîne. On découvre toujours plein de choses quand on se replonge dans le passé. J’étais déjà sensible à ces sujets dès l’enfance, l’adolescence.

 

Infos pratiques

  • Vendredi 9 novembre à DSN à Dieppe.
  • Tarifs : de 23 à 10 €.
  • Réservation au 02 35 82 04 43 ou sur www.dsn.asso.fr