Leur rencontre était improbable tant ils évoluent dans des univers musicaux complètement différents. Pourtant, Le dialogue entre un rock garage audacieux et une musique traditionnelle saharienne crée de belles étincelles de mille couleurs. Pendant dix jours, Cheveu, trio bordelais, et Groupe Doueh, formation familiale marocaine, se sont retrouvés dans le désert à Dakhla pour composer un album, sorti en février 2017 sur Born Bad Records. Un véritable défi pour l’un comme pour l’autre qui écrivent et vivent la musique chacun à leur manière. Groupe Doueh, comme le surnom de Baamir Selmou qui emmène régulièrement sa famille jouer dans les mariages et les cérémonies religieuses. Quant à Cheveu, le groupe s’est accordé une parenthèse entre un troisième album, But, et un premier opéra, La Grande Montée, créé au théâtre des Amandiers à Nanterre en février 2017. Groupe Doueh et Cheveu sont dimanche 21 mai à Rush, festival du 106 programmé par Hindi Zahra. Entretien avec David Lemoine.

Que retenez-vous aujourd’hui de cette expérience musicale ?

C’est une aventure dont on ne peut pas encore faire le bilan. Nous venons de sortir le disque qui a été enregistré en dix jours et qui, jusqu’à présent, a été plutôt plébiscité. Nous avons l’habitude des collaborations. Jusqu’à présent, nous l’avons fait sur les albums précédents avec des musiciens satellites. Cette collaboration avec Groupe Doueh, aussi directe et frontale, est une nouveauté pour nous. Nous allons tout juste commencer la phase du live. Donc tout cela est encore très frais. Nous sommes tout excités. Ce projet va monter en puissance au fil des concerts, se construire se scène.

Qu’est-ce que vous avez ressenti à la première écoute de la musique de Groupe Doueh ?

Paradoxalement, nous avons éprouvé une assez grande proximité. Ils ont des enregistrements très lo-fi. Nous nous sommes retrouvés dans cette manière de faire, plutôt sauvage. Ce fut notre ligne pendant cinq ou six ans. Du coup, on aimait bien ce grain particulier. Nous nous sommes ensuite sentis plus loin quand nous avons prêté attention aux rythmiques. Plus tard, nous avons vu Groupe Doueh sur scène. C’était à Paris à l’institut du monde arabe dans un contexte assez institutionnel. Quand on l’a vu déboulé, on l’a trouvé très punk. Les musiciens réglaient les amplis sur scène. ils s’accordaient sans prêter attention au public. ils se servaient des synthés et des boîtes à rythmes. Cela nous a marqué parce que nous n’avons pas de batterie.

Quel langage avez-vous utilisé pour vous comprendre musicalement ?

Dans ce genre de rencontre, il y a plusieurs schémas. On peut prendre des musiciens de cultures différents et faire de la world music. Comme nous avions très peu de temps, nous n’avons pas pu réfléchir et aller vers ce mélange ou cette fusion. Nous avons eu juste le temps d’être face à face et de confronter notre musique. C’est comme un empilement. Nous nous sommes beaucoup écoutés et nous avons joué ce que nous savons faire. Quand ça fonctionnait, nous avons enregistré. Ce sont des hasard de combinaisons.

 

 

Vous vivez la musique différemment. Comment avez-vous travaillé ensemble ?

Groupe Doueh remet en effet au goût du jour une tradition musicale. C’est toujours un travail d’interprétation. Il n’est pas du tout dans une logique de composition. Ils restent très impressionnant parce qu’il se dégage une force incroyable chez eux. Il y a un côté intemporel et ils n’ont pas l’ombre d’un doute quand ils jouent. Nous, nous sommes toujours à nous demander si nous jouons bien. Nous sommes toujours hantés par le doute. La confrontation a été intéressante.

Et pour les textes ?

La famille Doueh est très croyante. Ils jouent dans des fêtes religieuses. Quand vous êtes un groupe de rock cynique qui aime bien titiller les convenances, la bien-pensance, c’est délicat de ne pas faire d’impairs. Nous avons pu avoir la traduction des textes de Groupe Doueh. C’est une poésie éthérée, subtile qui évoquent les éléments, les animaux, les convenances en famille et dans le couple. Cela oblige à marcher sur des oeufs. Du coup, nous sommes allés aussi vers une écriture différente, plus décalée, plus poétique, plus évocatrice.

Comment le lieu a été une source d’inspiration pour vous ?

Pour nous, c’était très nouveau. Ces dix jours ont été dépaysant. Il y avait le lieu. Nous n’avions que du sable autour de nous. De plus, nous avons rencontré des personnes que nous ne connaissions pas. Nous avons découvert une culture, découvert d’autres codes et enregistré un album. Un vrai challenge ! Nous avions quand même un peu la pression. Notamment la pression de bien faire. C’était un peu stressant. Cet album est un miracle.

2017 est l’année des nouveautés pour Cheveu. Nous avez aussi créé un opéra, La Grande Montée.

C’est une année très chargée. Pendant ce mois de février sortait l’album avec Groupe Doueh et nous présentions notre premier opéra. Pour le coup, deux projets complètement opposés. Cela est dû à la longévité de notre groupe. Nous avons donné notre premier concert en 2003. Désormais, nous avons envie de vivre de nouvelles expériences. De plus, ce sont des propositions que l’on nous a faites. Ce ne sont pas du tout des démarches de notre part.

Quelle suite souhaitez-vous donner à ces projets ?

La logique voudrait que le prochain album soit un retour aux sources…

 

Le programme de Rush

Vendredi 19 mai :

  • 19 heures : Deltas
  • 20 heures : Tau et Rilès
  • 20h45 : Titi Robin et Mehdi Nassouli
  • 21h45 : Hindi Zahra
  • 23 heures : Tropical Camel
  • Minuit : Demi Portion

Samedi 20 mai

  • 16 heures : Soul Tropiques
  • 16h30 : Fawzy Al-Aeidy
  • 17h15 : Toukadime
  • 18h30 : Sianha
  • 19h15 : William Z. Villain
  • 20 heures : Hot 8 Brass Band
  • 21h15 : Gaye Su Akyol
  • 22h30 : La Yegros
  • 23h45 : Deena Abdelwahed
  • 0h30 : Toots & The Metals

Dimanche 21 mai

  • 11 heures : Mag Spencer
  • 13h15 : Puzupuzu
  • 15 heures : Fawzy Al-Aeidy
  • 15h30 : Groupe Doueh & Cheveu
  • 17 heures : Aeham Ahmad
  • 18 heures : Bachar Mar-Khalife
  • 19 heures : Show me the body
  • 20 heures : Kery James

Rush sur la presqu’île Rollet à Rouen. Festival gratuit.