photo Marc Coudray

Le Syndrome Ian… Ian pour Ian Curtis. Christian Rizzo n’a pas écrit un biopic sur la vie du leader de Joy Division disparu en 1980 à l’âge de 23 ans. Dans cette pièce, présentée mardi 11 décembre au Rive gauche à Saint-Étienne-du-Rouvray, il revient sur l’ambiance de la fin des années 1970. Le directeur du centre chorégraphique national de Montpellier est alors en Angleterre, passe des soirées dans les clubs, commence la danse, tente de comprendre cette confrontation entre le disco et une nouvelle musique bien plus sombre. Le Syndrome Ian réunit sur la musique de Cercueil neuf interprètes dans une danse jubilatoire et funèbre. Entretien avec Christian Rizzo.

On parle de mémoire des corps. Est-ce que ces danses que vous pratiquiez étaient toujours en vous ?

Absolument. Et tout était encore assez précis. Je me suis même souvenu à un moment du croisement des états de corps. Ces corps pris entre le disco, cette danse sensuelle, et cette new wave avec des corps électriques. Là, on ne se posait pas la question de la sensualité. Il y avait une posture assez rude. Je trouvais cela très intéressant de regarder ces deux états de corps qui bougeaient au regard de la musique. J’aimais cette nouvelle danse qui était presque une lutte contre l’ennui potentiel. Au-delà de ce projet chorégraphique, c’est une question qui m’est revenue et qui porte sur ce rapport entre un corps abstrait et un corps fictionnel, entre un corps producteur de récits et un corps qui s’adresse à l’espace.

Revenir au clubbing, c’est appréhender une pratique d’écriture ?

Oui, je pense. Cela est toujours un peu étrange quand on porte un regard rétrospectif sur les choses. Quels sont les fantômes que j’ai convoqués ? Là, je suis entre la fluidité et le cassant, l’organique et la mécanique. Tout cela est lié à mon rapport à la danse qui est un rapport direct. Cela vient des clubs. J’y ai associé certaines pratiques des corps.

Qu’est-ce qui vous a guidé pour l’écriture du Syndrome Ian ?

C’est toute la question du protocole que l’on met en place. Dans les clubs, les danses se font sur un point fixe. L’intérêt est de leur faire faire une expérience dans l’espace. Inclure le déplacement ouvre des capacités d’écriture chorégraphique.

Est-une danse de l’innocence ?

Le club est le lieu de la joie, du désir et aussi le lieu de la mort avec les drogues, le sida et, aujourd’hui, les attentats. On vient célébrer la joie intuitive et porter une disparition. Cela se tend alors dans les corps.

Est-ce aussi une danse qui va jusqu’à la transe ?

Oui et cela concerne surtout ceux qui ont disparu. Nous y avons tous laissé du monde. Ce sont des époques où tout est possible. On vivait un hédonisme absolu. Pourtant, on sait que les choses se tendent. Notamment en Angleterre. Les habitants vivent des moments très durs. Pour moi, il n’était pas question de faire une pièce historique. Le souvenir ouvre un espace imaginaire. À cette époque-là, on ne pensait pas que les faits douloureux allaient se généraliser et que certains oseraient rentrer dans des salles avec des armes. J’ai fait le choix de la joie et de la douleur. Comme dans l’amour.

Comment la gestuelle de Ian Curtis a nourri votre imaginaire ?

Quand je l’ai vu, j’ai eu une espèce de choc. Je me suis demandé : mais combien de temps va-t-il pouvoir tenir ? Et aussi comment sa propre gestuelle, en partie pathologique, s’est transmise à tout le monde ? On observe Ian Curtis et, dans les clubs, on se met à bouger à la Ian Curtis. Il y a une transmission de la danse de façon anodine. Cette grammaire accompagne une génération. On passe d’un état de corps à un autre. Après une décharge d’électricité.

Infos pratiques

  • Mardi 11 décembre à 20h30 au Rive gauche à Saint-Étienne-du-Rouvray.
  • Tarifs : de 20 à 10 €. Pour les étudiants : carte Culture.
  • Réservation au 02 32 91 94 94.
  • À 19 heures : conférence sur Le Syndrome Ian et sur la danse de Christian Rizzo par Olivier Lefebvre. Entrée libre et gratuite