Une chaîne de télévision et deux courts métrages : les détenus du centre de Val-de-Reuil ont été formés à l’audiovisuel avec le dispositif Passeurs d’image du Pôle Image. Ils ont présenté jeudi 12 octobre à l’Omnia De L’Ombre à la lumière et Mésententes.

Oxygène, c’est le nom de la chaîne de télévision diffusée tous les jours de 6 heures à 2 heures du matin au centre de détention de Val-de-Reuil. Une chaîne créée pour les détenus et animée aussi par les détenus. « Elle met en valeur l’établissement, les possibilités de réinsertion, comme le sport ou les activités musicales, à travers des reportages, des bandes annonces, des clips. Pour que ce projet soit pérenne et que chacun puisse s’en emparer, les détenus ont été formés. Tout se fait en toute confiance et en totale liberté. Il n’y a pas de censure », explique François.

Michael Leclere a participé à la création de ce canal vidéo interne. Le réalisateur rouennais est allé plus loin dans sa démarche avec les détenus. Il a supervisé le tournage de deux courts métrages, projetés jeudi 12 octobre à l’Omnia à Rouen, avec le soutien de Passeurs d’images du Pôle Image, du service pénitentiaire et de probation et le centre de détention de Val-de-Reuil. Il a passé cinq ans dans la prison. « C’est mon plus long travail en milieu fermé », confie le cinéaste. « J’y suis allé pour le rapport humain. J’ai pénétré dans un univers que je ne connaissais pas bien. Il a tout d’abord fallu dépasser certains clichés, franchir des murs. De la détention, on a en tête les images des films : des mecs bodybuildés qui font peur. Mais cela n’a rien à voir. Vous croisez une personne, vous dites bonjour, on vous répond. On est très poli en détention. Là-bas, on se prend un vérité en pleine face ».

Le premier film, De L’Ombre à la lumière, a été tourné en 2016. « Le sujet a été imposé », précise Michael Leclere. C’est l’emprisonnement au quotidien. C’est certainement le plus bouleversant des deux courts métrages. En quelques chapitres, on suit un détenu, de son incarcération jusqu’à la libération. Un concentré d’une vie en 15 minutes pour traverser de multiples sentiments comme le doute, la peur, la colère, la solitude. Les interrogations sont constantes. Sur le pas de travers qui a mené en détention, sur les membres de la famille qui « font bien leur vie sans moi ». Il y a aussi la volonté de ne pas s’écrouler parce qu’il y aura un après. De L’Ombre à la lumière est un film en noir et blanc filmé d’une manière qui fait éprouver ce sentiment d’enfermement. « On a voulu montrer une autre image de la détention », remarque François qui a été derrière la caméra lors du tournage.

« Une expérience qui fait grandir »

Réalisé en 2017, Mesententes est un court-métrage plus fragile. Pour celui-ci, les détenus ont souhaité raconter une fiction : Les comportements d’un homme intriguent et énervent les autres. Or, le premier est sourd et les autres l’ignorent. Ce qui provoquent quelques quiproquos…

Deux films et deux méthodes de travail. « Il y avait une volonté d’une évolution, de passer un autre cap. Avec Mésententes, les détenus ont pu réaliser une œuvre qui soit la leur. Chacun a apporté ses idées et on les a articulées. Il a fallu aussi écrire un scénario qui est une école rigide. C’est assez cadré », indique Michael Leclere. Les deux films ont été tournés en 5 jours. « Tout le monde a touché à tout et tous sont des bosseurs ».

Manu joue son propre rôle de musicien dans Mésententes. « C’est une expérience. Je n’avais jamais imaginé participer à un film. C’est très agréable ». Quant à Léo, il « participe au dialogue dans la salle de sport ». Grand cinéphile, passionné de cinéma, il « a beaucoup aimé jouer ». Pour Michael Leclere, « humainement, c’est une super expérience qui m’a fait grandir. J’ai pu découvrir des personnes pour ce qu’elles sont et non pour ce qu’elles ont fait ».

Les deux films seront présentés au centre de détention de Val-de-Reuil vendredi 3 novembre. Tous les acteurs de cette aventure souhaitent maintenant qu’ils soient découverts dans un grand nombre de salles.