photo Ph. Lebruman

photo Ph. Lebruman

La dernière fois que l’on a vu Bertrand Belin à Rouen, c’était il y a un an au CDN de Haute-Normandie dans Spleenorama, une pièce de Marc Lainé. Il y a donc eu le théâtre, puis la littérature avec la sortie du roman, Requin, avant le retour à la musique. Bertrand Belin a sorti Cap Waller le 9 octobre. Dix titres où l’élément liquide et les grands espaces sont encore présents, où l’abandon, le souvenir, l’exil et l’isolement restent les thèmes les plus abordés, où aussi des silhouettes se dessinent dans des paysages sonores éthérés. La voix est toujours grave et profonde, le phrasé, nonchalant. Bertrand Belin est tournée. Il est jeudi 26 novembre au le 106 à Rouen et jeudi 31 mars au Tetris au Havre.

 

On franchit un cap pour passer d’un état à un autre. Ne l’avez-vous pas franchi dans le précédent album, Parcs, où l’écriture était très épurée ?

Non, je ne pense pas. C’est un processus lent qui a été entamé dès le début. Déjà, dans Hypernuit, j’étais assez peu bavard. Cette diminution de l’épaisseur du texte s’étend calmement dans la longueur.  Néanmoins, je ne fais pas une profession de foi. Je ne sais pas ce que sera le prochain album. Peut-être serai-je prolixe ?

 

Le plus important est de trouver le Mot juste, titre d’une des chansons ?

Oui et c’est vrai pour toutes les chansons. J’apporte du soin à l’écriture et j’essaie d’écrire avec très peu de mots pour donner une esthétique musicale à mes chansons. Cela a un rapport avec la musique. Et elle est importante puisqu’une chanson, c’est plus de la moitié de la musique.

 

Pour composer cette musique, la guitare est-elle votre meilleure compagne ?

En ce moment, c’est plutôt le violon. J’en joue quotidiennement. La guitare, c’est une rencontre spéciale. J’en joue depuis que j’ai 13 ans et demi. Entre un musicien et son instrument, c’est toujours une histoire folle. C’est fascinant.

 

 

Vous parlez d’épaisseur de matière. Peut-on vous comparer à un peintre qui tend aussi vers l’épure au fil des années ?

Oui certainement. Au début, il y a une sorte de mouvement plein d’écume. Après l’économie est perçue comme une amélioration. Comme pour les sportifs qui cherchent les bons gestes pour faire moins d’effort. C’est vrai, il y a ce chemin vers l’épure qu’empruntent aussi les chorégraphes, les réalisateurs au cinéma.

 

Allez-vous plutôt vers l’abstraction ?

Je ne dirais pas l’abstraction. La musique elle-même est déjà une chose abstraite. En revanche les textes sont très concrets même si j’utilise quelques métaphores et quelques images. C’est presque du procès verbal. Cependant, tout cela peut paraître de l’abstraction parce que la chanson a une dimension poétique.

 

Quel rapport avez-vous avec les mots ? Êtes-vous plutôt un gourmand ?

Non, je ne pense pas. La gourmandise me fait penser à Rabelais. Je suis davantage un gourmet de la langue.

 

Quel plaisir avez-vous eu à écrire un livre ?

Ce fut un vrai plaisir. J’ai toujours voulu écrire des livres. Ce fut aussi un plaisir de renouveler les formes. Dans la chanson, on est contraint à rendre une chose explicite. Dans le roman, on peut entrer dans une problématique en profondeur. On va toucher des cordes sensibles. Il y a le plaisir de la réflexion, d’être en compagnonnage avec un texte au long cours.

 

  • Jeudi 26 novembre à 20 heures au 106 à Rouen. Tarifs : de 20 à 11 €. Réservation au 02 32 10 88 60 ou sur www.le106.com
  • Première partie : H-Burns
  • Jeudi 31 mars à 20h30 au Tetris au Havre. Tarifs : de 17 à 12 €. Réservation au 02 35 19 00 38 ou sur www.letetris.fr