photo Thomas Dorn

photo Thomas Dorn

Depuis plus de trente ans, Titi Robin tisse des liens, parcourt des sentiers musicaux pour trouver sa propre voie. En parfait autodidacte, il a emprunté différentes directions allant vers la musique gitane, orientale, africaine et développe un vocabulaire très singulier. Son nouvel album est le fruit d’une belle collaboration avec un jeune artiste marocain, Mehdi Nassouli. Taziri, (Clair de lune) avec ses compositions originales, offre des instants blues d’une douce mélancolie. Titi Robin joue vendredi 22 mai au Tetris au Havre avec Mehdi Nassouli.

 

 

 

 

Qu’est-ce qui vous a motivé à poursuivre l’aventure avec Mehdi Nassouli après Les Rives ?

Les Rives était un projet collectif avec des instrumentistes et des chanteurs. Dans ce projet, Mehdi a pris un rôle d’intermédiaire important grâce à son contact généreux. J’ai pu apprécier ses qualités musicales et humaines. J’ai eu envie de travailler sur un programme entier avec lui. Nous avons beaucoup de choses à développer ensemble. Là, nous avons eu l’opportunité de le faire.

 

Qu’appréciez-vous chez cet artiste ?

Comme chez tous les vrais artistes, il n’y a pas de différences entre le personnage et l’artiste. La musique fait partie de sa vie. Comme le fait de manger, d’échanger avec les autres. Mehdi est l’héritier d’une famille berbère et gnawa. Depuis tout petit, il est un représentant de la musique gnawa parce qu’il a été initié très tôt. Il respire cette musique. D’autre part, il montre une image d’un Maroc cultivé, civilisé avec des racines multiples. Ensemble, on n’a pas fini d’apprendre. Il apprend avec moi et j’apprends avec lui.

 

Comment vous êtes-vous apprivoisé ?

La première fois que nous nous sommes rencontrés, c’était chez des amis communs. Nous avons bu du thé et joué ensemble. J’ai su alors que Mehdi était un musicien professionnel. Il y a tout d’abord la rencontre, puis l’évidence que nous pouvons travailler ensemble. A ce moment-là, j’étais sur un projet de disque marocain, donc à la recherche de musiciens.

 

Pour écrire Taziri, vous avez composé cependant seul.

Cet album est composé de mes musiques. Depuis trente ans, j’essaie de construire une œuvre, comme un tableau. Chaque projet musical est une partie de ce tableau. La rencontre avec Mehdi s’inscrit dans ce cadre et ne peut être que fertile. J’ai ce répertoire que je travaille et que je confronte ensuite avec une personne qui a une forte personnalité. S’il y a un bon équilibre entre elle et moi, cela doit devenir quelque chose de convenable. J’ai composé Taziri en pensant que Mehdi était l’interprète idéal.

 

Taziri représente quelle partie du tableau ?

Ce peut être le ciel, la terre, les personnages. Parfois, il est plus facile de peindre l’herbe ou un personnage en particulier. Je suis un musicien professionnel depuis plus de trente ans et je pense être le même homme ayant vécu des expériences différentes. Tout cela doit s’entendre. Il y a une continuité. Aujourd’hui, j’utilise des pistes qui sont apparues dans les années 1970 ou 1980. Il y a une fidélité. J’y tiens et cela me rassure.

 

Pourquoi est-ce rassurant ?

Quand on part à l’aventure, on peut se perdre. Et on se perd parfois. Mais il faut se retrouver, être fidèle à ses rêves. Si je me perds, je tiens à me confronter à cela parce que l’artiste est sensé expérimenter cela. Il est vivant. Il transforme cette expérience, cette sensation en art.

 

 

Y a-t-il une part d’improvisation dans Taziri ?

Oui, il y a beaucoup d’improvisation. Dans tous mes projets, je fixe un cadre, une structure. A l’intérieur, chacun peut prendre la parole. Si le cadre est clairement défini, on peut donner beaucoup de liberté. Je veux que les musiciens puissent exprimer ce qu’ils ressentent. J’ai invité Mehdi à improviser au guembri. Ce qui n’était pas évident pour lui. Mais il était intéressant d’utiliser ce vocabulaire gnawa. En règle générale, on pense toujours à quelqu’un ou à quelque chose qui est rattaché à quelqu’un quand on compose. J’ai rarement fait des disques en solitaire. Ce que je redoute le plus, c’est de ne pas ressentir de réaction de la part des personnes qui m’accompagnent. J’ai besoin de sentir un écho dans la musique des autres. Sinon, cela me fait souffrir.

 

Pourquoi avez-vous besoin de composer seul ?

J’ai besoin de revenir à la source de l’expression artistique. Cela se fait dans une grande solitude. Pour atteindre une certaine authenticité, il faut se voir en face. Si on n’arrive pas à se dépouiller, on a du mal à avoir son propre langage. Quand j’orchestre tout cela, je travaille alors avec les musiciens. Là, il est important que quelque chose se passe entre eux et moi, puis avec le public.

 

Est-ce que cette période de solitude est synonyme de plaisir ?

Je pense que oui. Parfois, nous traversons une période de solitude sans le vouloir. L’artiste se doit d’être confronté à cette solitude. Ce sont des moments au cours desquels on est face à soi, face au monde, on voit le monde. Ce peut être dans sa maison, dans un aéroport, dans un hôtel… Il n’y a pas de règle.

 

  • Vendredi 22 mai à 20h30 au Tetris au Havre. Tarifs : de 20 à 14 €. Réservation au 02 35 19 00 38 ou sur www.letetris.fr