02 (c) FAUVE CORPIls aiment cultiver le mystère, cacher leur visage sur des photos floues ou prises à contre jour. Mais quand ils s’expriment, c’est brut. Le ton est rageur et les mots, acérés. Il y a une forme d’urgence dans cette voix lancée à 400 km/h. Fauve, un collectif d’artistes qui a vite séduit toutes les générations connectées, évoque autant un mal-être, un désespoir et une colère que des désirs brûlants. Dans Vieux Frères, partie 2, le deuxième album, l’horizon de Fauve devient plus lumineux et l’univers, un peu moins mélancolique. Fauve joue vendredi 3 juillet à Rouen aux Concerts de la Région, juste après Rakia et Nuit. Interview.

 

 

Pourquoi était-ce logique de donner une suite à Vieux Frères, titre du premier album ?

C’est même une suite chronologique. Dans le premier album, nous avons raconté nos histoires, tout ce que nous voyions, tout ce que nous vivions. C’était l’état dans lequel nous étions lorsque nous avons écrit les chansons. Nous avons eu envie de poursuivre cette histoire. Dans Vieux Frères, partie 2, nous partageons ce que nous avons vécu après la sortie du premier album.

 

Est-ce que vous qualifiez cette suite d’extraordinaire ?

Au début, nous avions besoin d’expulser quelque chose, de mettre des mots sur ce que nous vivions, de tenter d’expliquer comment nous appréhendions tout cela. Nous avons souhaité continuer dans ce sens, d’écrire cette suite parce que nous vivons des choses incroyables ensemble. Notre quotidien a radicalement changé. Notre projet musical est devenu une activité à temps plein. Cela a inspiré la partie 2.

 

Dans Juillet (1998), certes nous parlez d’odeur d’apocalypse mais vous confiez : « on a de la ressource ». Est-ce que vos colères se sont apaisées ?

Cela veut dire que nous avons un peu plus confiance en nous. Nous le disons aussi dans Paraffine. Ce premier album et cet accueil du public nous ont donnés une légitimité auprès de nous-mêmes.

 

Est-ce que « Il en reste dans l’éponge » signifie que vous avez encore beaucoup de choses à dire ?

Quand nous avons écrit cela, nous avons en effet beaucoup de choses à raconter. C’était après le premier album. Cependant, cela n’annonce pas une suite à la Partie 2. Nous parlons uniquement de ce que nous vivons au moment où nous l’écrivons.

 

 

 

Est-ce que ce projet reste une passion ?

Oui, totalement. Nous vivons cela toujours avec la même intensité, le même étonnement, le même ravissement. Nous ne nous sommes pas lassés. Il ne faut pas oublier que le projet a commencé il y a très peu de temps, juste deux ans et quelques mois. Depuis le début, nous sommes allés de surprises en surprises et nous avons gardé le même état d’esprit.

 

Vous travaillez sans label, évoluez au sein d’un collectif. Avez-vous voulu chercher une cohérence dans le fond et dans la forme de votre projet ?

Oui, forcément. Cette question de la cohérence, nous nous la posons pour nous-mêmes. Tout d’abord pour ne pas que tout parte dans tous les sens. Néanmoins, en règle générale, nous restons spontanés. Quand advient un problème, la première réponse est le plus souvent la bonne. Nous nous fions à notre première impression. Par ailleurs, le fait de travailler sans label n’a pas été une volonté de départ. Nous voulions signer parce que nous ne nous sentions pas capable de mener ce projet nous-mêmes. En avançant dans notre travail, nous nous sommes aperçus que nous n’avions pas besoin d’une aide extérieure.

 

Est-ce qu’il y a aussi une forme de militantisme ?

Non, nous faisons tout cela pour nous. Il n’y a pas de message et nous n’avons fait les choses comme nous les ressentions. Mais c’est beaucoup de boulot. Il est vrai qu’avec un label nous serions plus connus, notre projet serait mieux géré, nous prendrions peut-être de meilleures décisions. Pour l’instant, nous nous débrouillons pas trop mal et nous ne courons pas vers la réussite optimale. Nous aimons être indépendants, mettre les mains sous le capot et regarder ce qui s’y passe.

 

Dans les titres, vous racontez la vie. Vous avez écrit deux albums en quelques mois, multiplié les dates de concert. Ne craignez-vous pas d’être déconnectés de cette vie ?

C’est le truc qui nous fait flipper. Aujourd’hui, nous ne vivons pas une vie normale. Nous sommes éloignés de nos amis et de notre famille. Il faut prendre tout ça et le vivre complètement. Pour cela justement, Fauve ne durera pas dix ans. Dans un futur proche, nous allons raccrocher les outils parce que nous avons besoin de retrouver une vraie vie.

 

 

 

Le programme

  • Vendredi 3 juillet : Rakia, Nuit, Fauve, Robin Schulz
  • Samedi 4 juillet : Aloha Orchestra, Shaka Ponk
  • Dimanche 5 juillet : Tallisker, Izia, Yael Naïm

Concerts gratuits