Dans Pearl, on retrouve la même intensité que dans Pollock, créé il y a cinq ans. Paul Desveaux questionne à nouveau ce lien entre l’intime et la création dans ce spectacle jubilatoire joué jusqu’au 8 novembre au Volcan au Havre.

 

photo Elizabeth Carecchio

photo Elizabeth Carecchio

Pearl, comme un des surnoms de Janis Joplin. L’âme de la chanteuse plane évidemment sur cette nouvelle création de Paul Desveaux de la compagnie L’Héliotrope. Elle n’est cependant pas la seule. Il y a celle de tous ces artistes pour qui créer est un acte de résistance, de protestation. Et ce « au nom de l’amour », comme le scande Pearl. Pour tous ceux-là, il n’y a pas de choix. Il est essentiel, même vital de créer pour changer la vie.

On le sait, ces êtres-là portent en eux des blessures dont ils ne peuvent guérir tellement elles sont profondes. Des blessures qui mettent dans des états dépressifs ou proches d’une joyeuse folie. Cette Pearl, « capricorne ascendant deltaplane » est une écorchée vive qui peut foncer tête baissée dans des interprétations déchirantes, se lancer dans de grande colère, faire des caprices puis se retrouver à genou complètement épuisée.

Dans Pearl, Paul Desveaux restitue la théâtralité qui réside dans cette figure pour raconter une tragédie moderne, un parcours fabuleux nourri de musique, de complicité, d’amour, de drogue, d’alcool, de sexe. Dans une scénographie très réaliste, un studio de répétition, Pearl enregistre avec ses trois musiciens, Richard, Brad et Till, l’ingénieur du son, Seth, les titres qui figureront sur le prochain album. Il y a là aussi Apricot, l’amante, la consolatrice, jouée par Astrid Bayiha, très charismatique et féline. La journée se déroule entre caprices, tensions, souvenirs et chansons. Le metteur en scène a trouvé en Anne Cressent une Pearl époustouflante, extravagante, fragile quand elle joue et d’une force étonnante quand elle chante.

Dans ce spectacle, Paul Desveaux n’oublie pas de jongler avec ce chiffre maudit : 27. C’est à 27 ans qu’ont disparu Janis Joplin, Jimi Hendrix, Jim Morisson, Kurt Cobain, Amy Winehouse. Alors, il y a 27 cartons de corned-beef offerts par un fan, 27 prises de Summertime, et un 27 inscrit en grand sur le tee-shirt orange du batteur.

A travers cette vie pleine d’excès se dessine une époque. Celle de la fin des années 1960 et du début des années 1970 où certains se moquaient bien des codes et des interdits, où ils dévoraient la vie à pleine dents jusqu’à se brûler les ailes. Celle où, surtout, tout semblait possible, chacun protestait contre les injustices, les guerres, le manque de liberté… Le personnage de Seth le rappelle : « nous étions des gens contre ».

Avec Pearl, on est au théâtre, au concert avec la musique de Vincent Artaud, jouée en live, qui traverse ces dernières décennies. Paul Desveaux ajoute une dimension cinématographique en jouant avec les premiers et les arrières plans, les flashbacks. Le lien entre tout cela reste l’écriture de Fabrice Melquiot. Elle claque comme un fouet, percute, bouscule, émeut. On ressort de Pearl avec une énergie folle.