Venise encore jeudi 22 août au festival de musique ancienne à Arques-la-Bataille. L’ensemble Il Convito revient sur une révolution artistique dans Le Théâtre baroque vénitien… entre ordre et désordre. Il s’agit pour la formation de Maude Gratton, claveciniste et organiste de raconter l’ouverture du premier lieu lyrique public, le théâtre San Cassiano, en 1637, la naissance de l’opéra avec ses histoires tragi-comiques. Au programme de ce concert aux ambiances vénitiennes : Monteverdi, Cavalli, Sacrati, Ziani, Cesti, Gabrieli, Picchi, Castello, Marini… Entretien avec Maude Gratton.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé à un lieu et une période déterminés, Venise au début du XVIIe siècle ?

Je pense qu’il est intéressant de se pencher sur un lieu et un temps et de voir ce qui s’y est passé. À Venise, dans la première moitié du XVIIIe siècle, les musiciens ont navigué dans des répertoires divers. Il y a la musique et aussi plusieurs autres formes d’art qui se développent. Se croisent des peintres, des poètes, des écrivains… C’est important de voir comment cette vie si riche a influencé la musique. Nous nous sommes ainsi posé sur cette Venise de Monteverdi, un compositeur qui a fait avancer le drame en musique de façon inouïe. Il arrive à Venise et les écritures changent. Il y a autour de lui une galaxie de compositeurs qui bouleversent la musique institutionnelle.

Il y a aussi l’ouverture d’un théâtre public.

C’est une petite révolution. Tout le monde peut aller à l’opéra. La musique n’est plus écrite uniquement pour les élites mais pour le grand public. À Venise, on observe un climat de liberté intellectuelle avec des académies littéraires et des artistes portant des idées audacieuses, voire licencieuses. La poésie du Couronnement de Poppée de Monteverdi est très nouvelle. Cela a une influence sur la façon de jouer et de chanter.

Est-ce que vous parcourez cette histoire de manière chronologique ?

Non, ce sont des allers et retours qui nous permettent de raconter une histoire. Elle se déroule en trois tableaux, comme un opéra en trois actes. Tout commence par un air du prologue du Couronnement de Poppée pour être connecté à Monteverdi. Le deuxième tableau est davantage consacré à Cavalli, un compositeur important de l’époque. On revient ensuite à Monteverdi avec un beau lamento d’Ottavio, toujours du Couronnement de Poppée. C’est une succession d’airs d’opéra entourés de musiques instrumentales pour montrer toute la diversité de la musique italienne. Il y a certes un point commun à ces opéras. C’est la façon de mettre en musique la poésie. Elle est là pour servir les sentiments, passer une émotion directe. Même si on ne comprend pas l’italien, on comprend l’émotion que le compositeur veut faire passer.

Pourquoi être entre « ordre et désordre » ?

C’est toute la fantaisie de cette musique. Nous sommes au début du baroque. On ressent encore un peu un ordre établi dans la musique. Viennent ensuite l’exubérance, la fantaisie grâce à un imaginaire débridé.

Infos pratiques

  • Jeudi 22 août à 22 heures à l’église Notre-Dame à Arques-la-Bataille.
  • Tarifs : 20 €, 10 €, gratuit pour les moins de 18 ans.
  • Réservation au 02 35 04 21 03 ou sur www.academie-bach.fr
  • Programme complet du festival de musique ancienne sur www.academie-bach.fr