Charles Dantzig est à la librairie l’Armitière à Rouen mercredi 13 décembre pour évoquer son livre Traité des gestes (Grasset). Itinéraire d’un observateur compulsif.

« Le sourire est l’étirement extérieur et mystérieux d’une sensation intérieure et nette. Un sourire est une onde. » Ceux qui rêvaient d’un ouvrage scientifique sur le retour de la morphopsychologie ne seront pas à la fête… L’auteur du Dictionnaire égoïste de la littérature française et de l’Encyclopédie capricieuse du tout et du rien (tous deux chez Grasset) ne mange pas de ce pain-là.

Il va en fait paradoxalement beaucoup plus loin.  Charles Dantzig a répertorié patiemment tous les gestes possibles ; avec la langue, avec la bouche, ceux des bébés, ceux des comédiens ; les gestes oubliés, les gestes retrouvés… Environ 200 catégories, en tout, pour approcher au plus près des sensations. Et tenter de clore le sujet. Une espèce de méthode qui n’en serait pas tout à fait une…

Le geste, comme une métaphore

Car il n’est pas question de tirer une loi, une quelconque vérité scientifique ou la moindre généralité dans ce Traité des gestes. Si l’auteur dissèque, c’est avec la plume du poète, chargée de subjectivité voire de parti-pris. Et l’on s’étonne de revoir l’image de ces gestes qui frappent à la porte de notre mémoire, comme autant de petits trésors qui étaient bien rangés. Résumer la chose s’avère donc bien compliqué. Et pour le coup inutile. Juste picorer et se laisser guider entre vie quotidienne et Histoire, entre apparences et profondeur.

« Plus un acteur est bon, moins il fait de gestes. Marlène Dietrich levait un sourcil, Charles Laughton, une de ses plus grosses paupières, Michel Simon égouttait ses mains comme des parapluies. » C’est fou comme les gestes prennent alors davantage de signification. C’est qu’ils ont aussi leur existence propre. « Oui, décidément, pas plus que la littérature n’est une façon plus jolie de discourir, les plus beaux gestes ne sont pas des échos de la parole, mais des créations nouvelles. Un geste peut être une métaphore. » Et un traité des gestes peut être une grande porte ouverte vers l’immensité…

Hervé Debruyne

  • Mercredi 13 décembre à 18 heures à l’Armitière à Rouen. Entrée libre.