De la mort du poète, Judith Perrignon fait un suspense dans Victor Hugo vient de mourir. Rien d’artificiel ; juste les coulisses d’un tremblement de terre. L’auteure devait être à l’Armitière à Rouen mardi 10 novembre. La rencontre est reportée.

 

photo Frédéric Sucin

photo Frédéric Sucin

Alors que Victor Hugo est sur son lit de mort, personne ou presque ne veut croire à l’inéluctable. L’état de santé de Hugo est à la une et dans la rue, des passants tentent même de faire taire les vendeurs de journaux trop catastrophistes. La tension est à son comble car pour des millions de personnes, Hugo est un pilier de la nation, celui qui leur a appris la liberté.

 

Cet enjeu, Judith Perrignon l’a bien perçu et aurait pu en tirer un honnête récit édifiant. Mais avec Victor Hugo vient de mourir, elle fait bien plus. Elle livre un roman vrai, nerveux, bouillonnant dans lequel l’action est tendue. Une version XIXe siècle de la série 24. De l’action aux quatre coins de Paris. « Une course est engagée, combat de l’officiel et de l’interdit, combat du jour et de la nuit. » Cette agonie donne en effet l’opportunité à tous d’anticiper, de préparer la suite et surtout, de régler d’abord les enjeux de l’enterrement du poète. Car il s’agit bien d’un événement national qui déchaîne les passions et effraie les autorités. On apprend au passage que la question du jour de l’inhumation a fait l’objet de débats et qu’il a finalement été décidé d’y procéder le lundi… Pour éviter que les ouvriers puissent y assister.

 

« Paris se prend pour le centre du monde, le cerveau de l’Europe, Paris se prépare à une longue nuit de veille qui sera suivie d’un grand jour, Paris enterre celui qui l’a aimé et réciproquement, alors il y a de la peine, mais aussi la joie secrète d’avoir aimé. Paris offre au poète le culte d’ordinaire dévolu aux despotes, aux empereurs et aux rois, il était le souverain des mots, de l’imaginaire. Il leur a inoculé un vaccin, un espoir, alors aussi dure soit la perte, le fond des cœurs semble tranquille. » La journaliste est allée dans les archives de la police pour y trouver les témoignages qui font mieux comprendre cette décade prodigieuse qui sépare le décès de l’enterrement. « Il était une heure et demie passée. Même heure que celle du dernier soupir onze jours plus tôt. Le cercueil abandonna définitivement sa modeste voiture, il se laissa déposer sous les colonnes. Hugo est mort et rien ne sera plus pareil.

 

H.D.

  • Rencontre avec Judith Perrignon mardi 10 novembre à 18 heures à L’Armitière à Rouen. Entrée libre.