Ivan Jablonka est l’invité de la librairie La Galerne au Havre mardi 6 décembre. L’historien a reçu le prix littéraire du journal Le Monde pour Laëtitia (Seuil). D’un fait divers cruel, l’auteur tire un livre chargé.

 

photo Kachermance Triay

photo Kachermance Triay

Laëtitia a 18 ans lorsqu’elle se fait assassiner après avoir été enlevée. Un fait divers qui a indigné et qui est exemplaire à plus d’un titre. Car le meurtre de Laëtitia témoigne de notre société. Ivan Jablonka a voulu le démontrer en remontant toute l’affaire dans son livre Laëtitia qu’il vient dédicacer mardi 6 décembre à La Galerne au Havre.

 

Laëtitia, c’est d’abord une histoire de misère : « (…) dès le commencement, la vie de Laëtitia a été chaos, déchirure » Elles sont deux sœurs, déjà trop mal nées pour être bien parties. « Il n’y a pas d’élément structurant dans leur enfance. Tout est perte, absence de repères. L’histoire de Laëtitia et Jessica est cabossée de coups, de chocs, de commotions, de chutes dont on ne se relève que pour retomber à nouveau. » De ces vies dont on ne parle pas. « De son vivant, Laëtitia Perrais n’a intéressé aucun journaliste, aucun chercheur, aucun homme politique (…) Aux yeux du monde, elle est née à l’instant où elle est morte. »

 

Mais fallait-il en faire un roman ? Aussi sensationnel qu’il soit, le fait divers n’est pas pris ici sous cet angle même si rien n’est laissé au hasard par le minutieux auteur. Il y a une véritable sincérité sous-jacente, une envie de rendre justice à Laëtitia au-delà du jugement mais aussi à tous ceux qui ont pris leur part  du drame. « Je rêve Laëtitia comme si elle était absente, retirée dans un lieu qui lui plaît à l’abri des regards. Je ne fantasme pas la résurrection des morts ; j’essaie d’enregistrer, à la surface de l’eau, les cercles éphémères qu’ont laissés les êtres en coulant à pic. »

 

Au fil du livre, c’est la vie de la famille qu’on découvre, famille fragile et l’autre, famille d’adoption. Une mécanique infernale qui pousse Laëtitia vers son destin. « Pour Laëtitia, c’est un bel été (…) Dans six mois, elle sera morte. » On comprend à la fin de cette rigoureuse enquête que l’affaire Laëtitia en dit long sur notre époque et qu’il fallait bien 350 pages pour en prendre la mesure.

 

Hervé Debruyne

 

  • Mardi 6 décembre à 18 heures à La Galerne au Havre. Entrée libre.