La danse, comme un engagement, une forme de résistance. C’est de cette manière qu’il a toujours conçu son art. DeLaVallet Bidiefono, surnommé le fou qui voyage, est un pionnier de la danse contemporaine au Congo-Brazzaville. En 2015, il a inauguré le premier centre chorégraphique du pays. Un vrai combat qu’il raconte dans Monstres, on ne danse pas pour rien qu’il présente avec sa compagnie Baninga jeudi 17 et vendredi 18 janvier au CDN de Normandie Rouen. Sur le plateau, huit danseuses et danseurs, la performeuse Rébecca Chaillon, trois musiciens convoquent ces figures alliées ou pas de la création contemporaine. Entretien avec DeLaVallet Bidiefono.

Pourquoi avez-vous eu envie de revenir sur la création du centre chorégraphique que vous avez fondé à Brazzaville ?

Pour moi, c’était important de raconter cette histoire. Le centre chorégraphique est à la fois un rêve et un défi. Il est encore aujourd’hui le seul lieu indépendant dédié à la danse contemporaine au Congo. Il représente un lieu de résistance face à un régime qui ne veut pas donner de moyens pour la création. Alors, oui c’est important de raconter une résistance. Souvent, on attend que les choses se fassent par d’autres et on s’oublie soi-même. Jusqu’à ce que l’on ait des cheveux blancs et qu’il soit trop tard.

Il y avait une véritable attente ?

Oui, il y a un vrai engouement pour ce lieu. Les compagnies viennent créer, répéter. Il y avait aussi une attente de la part du public. Certains spectacles réunissent environ 500 personnes. Parfois, quand il n’y a pas de programmation, le public nous demande quand a lieu le prochain spectacle. Je trouve cela très beau. D’autant que le centre n’a pas été bâti dans la ville mais à 17 kilomètres de Brazzaville. Nous leur offrons des outils et les gens sont heureux. Nous venons de construire des chambres pour pouvoir loger les artistes en résidence. Nous avons comme projet d’ouvrir une bibliothèque pour que la population ait accès aux livres. Je pense que nous avons gagné notre pari.

Mais ce fut un long combat.

Ce fut un vrai combat. Ce n’est pas facile de porter un tel projet quand tu es artiste parce que tu te mets en confrontation avec le gouvernement. Il faut beaucoup de courage. Le rapport à la culture est très compliqué.

Qui vous a donné l’énergie de porter ce projet jusqu’au bout ?

Je suis quelqu’un de très courageux. Il y a eu surtout les danseurs qui me soufflaient du courage et donnaient de l’espoir. Ils étaient là. J’entendais leur respiration, les battements de leur cœur. Ils m’ont donné beaucoup d’énergie. Quand tu te lances dans une telle aventure, tu sais que tu mets des gants de boxe, tu es suivi. Tu sais que tu vas en guerre. Alors, il faut se préparer.

Comment faut-il se préparer ?

Il faut surtout se préparer mentalement. Mais c’est pour la bonne cause. Tu permets un accès à la culture. Un peuple sans culture, c’est un peuple mort. Pour certains, ce peut être mal perçu. Les politiques se demandent, c’est quoi ce truc, et considèrent la danse contemporaine comme la danse des blancs. Quand les femmes veulent les danser, tu as les maris sur le dos. Mais tu crées du lien.

Comment avez-vous pu mener ce combat et écrire des spectacles ?

Faire de la danse, c’est combattre deux fois. Ce combat a commencé dès le jour où j’ai émis le souhait d’avoir un lieu consacré à la danse. Je n’avais pas encore commencé à écrire ma première pièce. Il faut avoir un gros cœur.

Comment cette histoire se traduit dans Monstres ?

Monstres est un cri. C’est une flèche que j’envoie. Quand elle arrive chez toi, c’est une fleur. Pour ce spectacle, j’ai fait appel à Rébecca Chaillon. J’avais besoin d’une parole, des mots d’une femme. Elle est venue pendant un mois au Congo. Son texte est le fruit de cette rage. À côté des danseurs, il y a trois batteries, ce sont les drums de la protection. Quand il est nécessaire d’alerter un danger, on tape sur les tamtams. Les corps dansent, circulent, créent des résistances. C’est à la fois joyeux et punk.

Qui sont les monstres ?

Les monstres, c’est nous, ces êtres qui voyagent dans nos têtes. Ils se confrontent aux monstres des gouvernements qui nous jettent des balles. Nous représentons cette résistance contre le pouvoir.

Infos pratiques

  • Jeudi 17 et vendredi 18 janvier à 20 heures au théâtre de La Foudre à Petit-Quevilly. 
  • Spectacle tout public à partir de 15 ans
  • Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du vendredi 18 janvier
  • Tarifs : 20 €, 15 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 70 22 82 ou sur www.cdn-normandierouen.fr