Louis Delgrès (1766-1802) est une figure de l’histoire de la Guadeloupe. Il est aussi un symbole de  la résistance. Colonel de l’armée française en charge de la protection de son île, il va combattre pour la liberté avec 200 hommes et choisir la mort plutôt que la captivité. L’histoire de Louis Delgrès est en arrière-plan des titres écrits par Pascal Danaë. Le musicien de Rivière Noire (meilleur album de musiques du monde aux Victoires de la musiques 2015) raconte les blessures, la colère et fonde avec le batteur Baptiste Brondy et Rafgee, joueur de sousaphone, un trio de blues caribéen. Le nom ? Delgrès. Le groupe qui a sorti son premier album, Mo Jodi, en août 2018, sera samedi 2 février au Tangram à Évreux. Entretien avec Pascal Danaë.

Qu’est-ce qui vous amené à sortir un premier album après deux ans de tournée ?

Quand nous avons commencé à jouer ensemble, nous avions la volonté de ne pas figer les morceaux, de garder un espace de jeu et de rester le plus instinctif possible. Puis, il a fallu fixer les choses parce que l’on nous demandait des albums à la fin des concerts. On sentait aussi que le moment était venu, de passer à une autre étape. C’était très excitant. Mais quand même avec une petite trouille au ventre.

Pourquoi privilégier le côté instinctif ?

Nous disons : nous jouons de la musique. Donc la base est le jeu. Alors il faut que cela reste un truc d’enfant. Même si nous sommes de grands et de vieux enfants. Nous aimons expérimenter. À chaque balance, il y a des morceaux qui arrivent. Même pendant les concerts, des choses nouvelles surviennent. C’est très important d’apporter ce souffle à notre style de musique. Certains aiment les choses bien polies. Nous préférons la matière vivante et assumons la fragilité.

Comment sont nées les chansons de Mo Jodi ?

J’ai commencé à écrire alors que j’étais à Amsterdam. Tout est venu d’un besoin enfoui. Il y avait plusieurs pièces d’un puzzle. Il y a tout d’abord une lettre. À la Guadeloupe, un membre de ma famille m’a montré la lettre d’affranchissement de ma arrière-arrière-grand-mère, Louise Danaë, datant de 1841. Puis, un de mes amis m’a prêté le DVD de Scorcese consacré au blues. Cela m’a donné un gros coup dans le ventre. Il y avait une résonance incroyable. Un jour, mon père me parle de l’histoire de Louis Delgrès et de son combat que je ne connaissais pas.

Toutes les pièces du puzzle se sont assemblées.

Oui, à Amsterdam, j’étais expatrié. Nous avions vécu une expérience géniale avec Rivière noire. J’avais un peu le blues. J’ai eu entre les mains cette guitare Dobro, typique des années 1920. En jouant, tout un univers s’est dessiné. J’ai écrit ce qui me passait par la tête, en créole, en français, en anglais.

Vous avez continué avec Baptiste Brondy, membre aussi de Rivière noire.

J’adore la personne et le batteur. Au sein de Rivière noire, nous avions une complicité extraordinaire. Pour former le groupe que j’avais en tête, il manquait une basse, mais pas un instrument traditionnel. Je voulais quelque chose de primaire pour avoir un côté roots. J’ai rencontré Rafgee. Son sousaphone est capable autant de finesse, de tendresse et de gravité.

Est-ce le blues qui vous réunit ?

Non. Baptiste a joué en effet beaucoup de blues. Mais pas seulement. Rafgee, pas du tout. Et moi, un tout petit peu. Nous nous retrouvons autour d’une musique qui procure toutes les émotions.

Est-ce que cet album est un hommage à tous les héros en quête de liberté, comme Delgrès ?

À travers lui, l’album parle de tous ces héros que l’on a oublié, ces gens qui se battent au quotidien pour la liberté. Ce n’est pas juste pour la liberté des peuples, c’est aussi pour les libertés individuelles. Il faut assumer les composantes qui nous constituent.

Infos pratiques

  • Samedi 2 février à 20h30 au Kubb à Évreux.
  • Tarifs : de 16 à 5 €. Pour les étudiants :  carte Culture.
  • Réservation au 02 32 29 63 32 ou sur www.letangram.com
  • À 19h30 : apéro-conférence sur la thématique de l’esclavage et la décolonisation avec Katia Roux d’Amnesty International France