Dinara Droukarova, comédienne russe installée en France, revient sur un épisode douloureux de sa vie dans Ma Branche toute fine, son premier court-métrage qu’elle a présenté au festival À L’Est à Rouen.

Il y a des écritures auxquelles il est difficile de renoncer. Dinara Droukarova a raconté le dernier au revoir à sa mère dans Ma Branche toute fine, premier prix du court métrage au festival de Varsovie en Pologne. « Il fallait que ça sorte de moi. C’est un moment particulier, perdre un être cher, encore plus une mère. C’est elle qui vous a donné la vie. Au début, j’ai vécu cette disparition comme un moment effrayant. Grâce à ce rituel, à cette femme qui m’a prise par la main, j’ai pu accepter ».

Ma Branche toute fine, produit notamment par Julie Gayet, est un dernier au revoir. Avec une Babouchka, une femme prodigue les derniers soins du corps sans vie de sa mère, l’habille et l’accompagne. Comme un dernier geste d’amour, un adieu. Dinara Droukarova est la réalisatrice et aussi le personnage principal de Ma Branche toute fine. Elle porte un regard délicat sur un épisode douloureux de sa vie et crée une ambiance surréaliste avec le choix du noir et blanc.

Un long métrage en 2020

Après ce premier court métrage, Dinara Droukarova s’est lancée dans l’écriture d’une adaptation du Grand Marin de Catherine Poulain avec Raphaël Desplechin. « Nous avons abordé cette histoire comme une métaphore d’un homme qui ne parvient plus à vivre dans le monde qu’on lui propose ». Le tournage est prévu pour le printemps 2020.

Avant d’être une réalisatrice, Dinara Droukarova est une comédienne au doux regard. Le cinéma a été un hasard qu’elle a quelque peu provoqué. « J’ai commencé à l’âge de 10 ans. Un jour, la radio annonce un casting pour une série. Ma mère m’a inscrite et j’y suis allée avec une copine. Devant le studio, il devait y avoir 200 enfants. Je me souviens de deux femmes avec un carnet dans les mains. Elles nous avaient rangé en deux colonnes. Pour l’une, c’était oui. Pour l’autre, c’était non. J’étais dans la seconde. Ma copine dans la première. Sans me faire remarquer, je me faufile dans la première et je suis retenue pour le tournage ».

« Une timidité maladive »

Dinara Droukarova réussit à vaincre sa « timidité maladive. J’étais presque autiste ». Le cinéma est devenu une aventure extraordinaire. « Il n’y avait rien de concret au tout début. Je n’ai rien construit. C’est le cinéma qui m’a construit au fil du temps et des rencontres. Il m’a permis de me découvrir, de repousser sans cesse mes limites, de sortir des émotions. J’ai fait des choix qui ont influencé le cours de la vie ».

La comédienne russe, installée en France depuis dix-huit ans, fait partie de cette école soviétique d’Andreï Tarkovski. « J’aime le cinéma qui questionne, invite à la réflexion, a du sens. Chacun peut se l’approprier et peut se demander : et moi qu’est-ce je pense de cela ? » Dinara Droukarova se reconnaît dans le cinéma d’auteurs français. « Ici, il y a une incroyable bataille pour le défendre ». C’est Bouge pas, meurs, ressuscite de Vitali Kanevski, Caméra d’or, qui a révélé en 1990 Dinara Droukarova. Elle poursuit avec le réalisateur russe dans Une Vie indépendante et Nous, Les Enfants du XXe siècle. Elle est aussi dans Le Fils de Gascogne de Pascal Aubier, Parenthèse de Bernard Tanguy, Trois Souvenirs de jeunesse d’Arnaud Desplechin, Amour de Haneke, Gainsbourg, vie héroïque de Joann Sfar… 

Infos pratiques

  • Clôture mardi 5 février à 20h30 au Kinépolis à Rouen avec la projection de Seuls Les Pirates de Gaël Lépingle, Grand Prix de la compétition française au FID Marseille 2018.