Partager la culture, c’est la mission que s’est fixé le réseau culturel et solidaire Des Liens. Lancé à Nantes par Dominique A, il s’étend désormais à Paris, Bordeaux et Rouen grâce Pierre Lemarchand, le Trianon transatlantique à Sotteville-lès-Rouen et Le 106 à Rouen. Entretien avec Dominique A.

 

Comment est venue l’idée de la création du réseau Des Liens ?

Elle est venue de incidemment. Quand je suis revenu à Nantes, j’ai été contacté par une association, Les Sorties solidaires, dont je suis devenu le parrain. Elle proposait des abonnements solidaires : il était possible d’acheter sa place de concert plus chère pour en faire bénéficier à une personne en difficulté. J’ai aussi rencontré André Lebot, responsable d’un restaurant social, qui milite pour la gratuité de la culture. Quelques années auparavant, j’avais cherché de façon un peu maladroite à accueillir lors d’une tournée des publics qui ne franchissent jamais la porte des salles de concert. Or, quand il n’y a pas d’accompagnement, de coordination avec des associations, c’est très compliqué. Lors d’une émission cet été sur France Inter, dans Foule sentimentale de Didier Varrod, je me suis un peu emballé sur ce sujet. J’évoquais le fait qu’il était temps de faire quelque chose. Quelques jours plus tard, j’ai envoyé des messages à des artistes pour les impliquer dans une démarche. Aujourd’hui encore, tout cela reste en germe.

 

Quand vous êtes-vous aperçu qu’il manquait un public dans les salles ?

C’est venu au fur et à mesure des tournées. Lors des concerts, je voyais bien ce public qui avait de l’argent. Je me demandais : où sont les autres ? Nous sommes tous les mêmes. Nous avons tous besoin de nourriture spirituelle. En tant qu’artiste, j’étais le premier sceptique. Je pensais que rien ne pouvait marcher. J’avais en tête des témoignages de gens en galère et d’acteurs sociaux. Ces personnes ont l’impression de n’avoir pas le droit à la culture, se sentent illégitimes.

 

Cette conscience sociale n’est pas nouvelle chez vous ?

C’est venu tardivement. Pendant longtemps, je me suis présenté comme un chanteur dégagé. Je voyais dans l’engagement de la démagogie et peu de sincérité. Mon point de vue a changé. Aujourd’hui, je suis plus engagé. J’ai des points de vue plus marqués. Ma conscience de gauche s’est développée. Je pense qu’un artiste propose et que les gens disposent. Nous sommes là pour faire passer ces temps difficiles. Je crois en l’utilité sociale de l’artiste.

 

Quand s’est réveillée cette conscience ?

Elle s’est réveillé au contact des personnes impliquées dans les actions solidaires, de personnes en situation de précarité. On ne peut plus faire comme si de rien n’était.

 

La culture ne fait pas partie des débats des candidats à l’élection présidentielle. Qu’en pensez-vous ?

C’est clair. Elle n’est pas du tout présente. Nous vivons encore aujourd’hui sur l’héritage de Mitterrand et de Lang. Il y a eu une vraie volonté politique à une époque. Cela a permis à une scène florissante d’éclore. La France est riche de tout cela. Et nous sommes entourés de culture. Il y a des débats dont nous ne pourrons pas faire l’économie. Comme le rapport au numérique. Ce qui me choque le plus, c’est cette absence de débat sur la santé, l’éducation. Sur la culture, je m’en suis fait une raison.

 

 

Des Liens à Rouen

A Nantes, à Paris, à Bordeaux et à Rouen, les quatre villes pionnières, Des Liens se construisent de manière empirique. Pas de structure. Pas d’association. Il y a des volontés fortes. Pierre Lemarchand, membre de HDR, ancien collaborateur du Secours populaire, a réuni Cultures du coeur, Le 106 à Rouen et le Trianon transatlantique à Sotteville-lès-Rouen. « Chacun s’approprie le projet comme il le souhaite. Le but est de s’emparer des énergies sur un territoire et de répondre à un besoin. Nous avons choisi d’aller vers les personnes en grandes difficultés, d’aller où elles vivent ». Des Liens à Rouen, ce sera un concert de La Maison Tellier jeudi 30 mars au centre d’hébergement et de réinsertion sociale Les Cèdres, géré par Emergences et aussi une rencontre avec le groupe.

 

Difficile pour les personnes en situation précaire de venir dans une salle de concert. « Nous avons travaillé avec Cultures du coeur et offrons des invitations pour les publics défavorisés. Mais cela ne suffit pas. C’est trop compliqué pour eux. Il y a une coupure qui existe », remarque Nathalie Cordier du 106. « Les freins sont ailleurs. La culture n’a plus de place dans leur vie. Ils ne se sentent plus légitimes », poursuit Stéphanie L’Huissier du Trianon transatlantique. Les personnes hébergées participent à la préparation de la soirée, seront chargées de l’accueil des artistes.

 

Ce concert de La Maison Tellier est une première étape du réseau à Réseau. « Nous avons noué des liens avec les acteurs sociaux. Désormais, le champ des possibles est ouvert », se réjouit Stéphanie L’Huissier. Un concert qui en appelle d’autres et aussi des rencontres avec les artistes.