Jean-Patrick Manchette adapté par son fils.. Nada, un roman noir, poisseux, désespéré mais aussi très drôle parfois. Une bande de « gauchistes » se reforme pour un dernier combat : enlever l’ambassadeur des États-Unis et demander une rançon. Ils sont tous un peu entamés par la vie mais ils se lancent dans une entreprise insensée. Cinq hommes et la belle Véronique. En formation de combat. Nous sommes après 1968… Une BD âpre. C’est la troisième fois que Doug Headline transforme une œuvre de son romancier de père. Avec une fidélité remarquable et une ambiance miraculeusement recréée. Nada (Dupuis) fleure bon les années 1970 avec, en prime, le dessin inspiré de Max Cabanes. Les deux auteurs sont en dédicace à la librairie Funambules à Rouen vendredi 15 février. Entretien avec Doug Headline.

Le respect scrupuleux du livre de votre père, c’est à cause de la pression que vous aviez… ?

Non, c’est Max (Cabanes, le dessinateur – NDLR) qui a pris le pouvoir sur cet album et il n’y a donc pas grand-chose qui manque… Max ne connaissait pas vraiment les romans de mon père mais il les a découverts en travaillant dessus. Sur les trois que nous avons adaptés ensemble (Princesse de sang, Fatale et Nada – NDLR), c’est le plus fidèle au texte original. Pour le prochain – qui est déjà prévu – nous nous écarterons un peu plus. C’est Morgue plaine que nous reprendrons. Et ce sera plus déconnant…

La fidélité, ça fait donc un beau gros volume…

La forme du roman graphique nous a donné cette chance de pouvoir avoir la pagination qui convient. C’est la logique aujourd’hui d’avoir un format pour chaque bouquin. C’est une liberté appréciable. Et je remercie encore José-Louis Bocquet (en charge de la collection Aire libre chez Dupuis – NDLR).

Cela nous ramène à vos débuts à Métal Hurlant…

Nous avons commencé José-Louis et moi quasiment en même temps à Métal Hurlant. C’était une belle période et une belle équipe. Nous avions une vraie vie collective. On faisait les 400 coups. Nous sommes d’ailleurs tous toujours copains. Margerin, Loustal, Denis Sire qui vient malheureusement de nous quitter… Métal, c’était vraiment un esprit différent, très années 1970, entre underground et délire collectif… C’était la grande époque des « rédactions ». On voyait débarquer Hugo Pratt avec ses planches sous le bras, Moebius, Druillet… C’est à l’époque que l’on a créé Rock & Folk, Starfix…

Êtes-vous nostalgique de ces années 1970 ?

Je suis né en 1962, j’en ai un souvenir très précis et j’en suis ultra-fan. J’ai d’ailleurs conservé plein de documents, des journaux de l’époque ; d’autant que j’ai aussi hérité du « bordel » de mon père que je conserve aussi.

On le sent dans la BD : l’ambiance est fidèle. C’était important ?

Oui ; et d’autant plus que Max a débuté à cette époque aussi. Ce sont ses années de formation. Et lui est un maniaque de la doc. Comme mon père. Il est capable de me demander où se trouve le cendrier par rapport au tableau de bord de ce modèle précis de Jaguar. Et conduite à droite ou à gauche… ?

Est-ce intimidant de travailler sur les textes de son père ?

En fait, j’aime beaucoup travailler sur ses textes. J’ai vécu avec. Il me lisait des chapitres. J’adore cette grande qualité d’écriture. Mon père était un grand styliste… L’adapter en BD, c’est aussi me battre pour qu’il ne disparaisse pas. Une manière de garder le contact. Alors, au début, oui, un peu de pression mais plus aujourd’hui.

Et votre père connaissait très bien Rouen…

Il a beaucoup traîné par ici, oui. Il y avait fait des études et il avait des copains. Et ses parents avait une maison du côté de Dieppe. Il aimait beaucoup cette ville.

Propos recueillis par Hervé Debruyne

Infos pratiques

  • Dédicace de Goug Deadline et Max cabanes vendredi 15 février à 16 heures à la librairie Funambules à Rouen.
  • Entrée libre