Il y a des titres plus compliqués que d’autres quand il s’agit de deviner à travers eux de quoi parle le livre. Avec le dernier Emmanuel Lemaire, c’est tout de suite plus simple. Rouen par cent chemins différents, c’est l’histoire de Rouen par cent chemins (dans Rouen) différents… Ce pourrait être un manuel ou un guide touristique mais c’est en fait l’histoire d’un défi : « comment puis-je faire pour ne jamais prendre la même route de chez moi à mon travail ? » C’est possible et Emmanuel en profite pour s’amuser avec la page, avec les cases. Avec lui-même, aussi, car le héros de la BD n’est pas complètement étranger à l’auteur. Il s’amuse tout en respectant ce décor de la ville de Rouen qu’il saisit au détour d’un immeuble et qu’il permet du coup de mieux « lire ». Ceux qui connaissent la ville ne manqueront pas de s’y retrouver. Entretien avec Emmanuel Lemaire

Dessiner une ville, vous n’en êtes pas à votre coup d’essai. Il y a déjà eu Rotterdam (Delcourt)… 

J’ai prévu de dessiner des villes qui commencent par « ro » (rires). En fait après Rotterdam, j’ai eu envie de mettre en scène une autre ville. Il faut dire que j’adore dessiner des paysages et les atmosphères urbaines. Pour Rouen par cent chemins différents, j’ai voulu dévoiler les aspects d’un quotidien autobiographique, parler de ma lutte contre la routine… Je ne passe pas 2 fois au même endroit. Je trouve que cela aide à prendre du recul.

C’est un projet qui n’est pas évident à « vendre » à un éditeur, non ?

Lewis Tronheim avait aimé Rotterdam et l’avait publié dans la collection Shampooing chez Delcourt. Là c’est Warum qui a été intéressé. Ils avaient repéré mes dessins il y a une dizaine d’années quand j’avais mis en ligne les strips de Cousin. Ils aiment les récits pas trop traditionnels. L’éditeur s’est vraiment beaucoup impliqué dans la structure du récit et dans le travail. Et je trouve cela très positif.

C’est un long travail de documentation ?

J’ai travaillé un an et demi sur l’album – en dehors de mon emploi de bibliothécaire – et exclusivement en résidence au Labo Victor-Hugo (locaux prêtés aux artistes et aux compagnies par la Ville de Rouen- Ndlr). Tous les trajets, je les ai faits. Il y a même les cartes dans l’album et j’ai pris les photos. Je crois que l’on peut reconnaître les endroits facilement.

Quels étaient vos critères pour dessiner la ville ?

J’ai simplement dessiné ce qui me plaisait, des formes jolies. Mais je voulais surtout m’éloigner d’un Rouen touristique. Une ville qui a une histoire mais qui vit. C’est une sorte d’anti-guide qui s’attache aux spécificités architecturales.

Mais on rencontre aussi de singuliers personnages…

C’était le 3e argument de l’album après le drame amoureux que vit le personnage principal et sa névrose de détester passer au même endroit. Mais l’album est aussi un hommage au livre qui fait, à mon sens, partie des caractéristiques de Rouen…

Propos recueillis par Hervé Debruyne

 

  • Rouen par cent chemins différents, par Emmanuel Lemaire, Warum. 16 €
  • Rencontre avec l’auteur samedi 8 septembre à partir de 15 heures à la librairie Au Grand Nulle Part à Rouen, samedi 22 septembre à 15 heures à la librairie L’Armitière à Rouen. Entrée libre