Eva Zaïcik revient au festival Les Musicales de Normandie. Jeudi 22 août, à l’abbaye Saint-Georges à Saint-Martin-de-Boscherville, ce sera avec le Poème harmonique qui fête ses 20 ans. Pour l’occasion, l’ensemble de Vincent Dumestre reprend son premier répertoire consacré à Castaldi.

Médecine ou musique ? Eva Zaïcik a choisi lors de sa première année. « J’avais dû arrêter le chant pour me consacrer à mes études de médecine. Cela m’a déprimé. Le chant est essentiel à mon équilibre et à mon bonheur. Quand je chante, je ressens beaucoup de plaisir. Et c’est aussi un plaisir de partager des émotions, des textes avec un public ». Le chant a toujours fait partie de la vie d’Eva Zaïcik. « À cette époque-là, je ne l’avais pas du tout envisagé comme un métier. J’avais en tête la médecine. Il y a un lien entre les deux. La médecine soigne le corps et le chant, l’âme. À ma manière, j’apporte du bonheur. J’apaise les souffrances ».

Eva Zaïcik est aujourd’hui une des artistes lyriques les plus remarquées de sa génération. Élève d’Élène Golgevit, sa « fée », elle a décroché plusieurs récompenses avant de devenir Révélation lyrique lors des Victoires de la musique classique 2018. Avant cela, elle intégré des chorales d’enfant, un groupe de rock à l’adolescence. « La mère d’un de mes amis qui jouait dans le groupe m’a dit que j’avais une belle voix et conseillé de la travailler en lyrique. Je l’avais déjà fait plus jeune puisque, avec la chorale, on abordait autant Bach que les Beatles. Je me souviens avoir une certaine appétence pour le répertoire classique, plutôt d’un point de vue choral ». 

La mezzo-soprano intègre la Maîtrise de Notre-Dame de Paris où elle « embrasse un large répertoire de la musique médiévale à la musique contemporaine. J’y ai appris à ouvrir mes oreilles et je suis devenue boulimique pour le classique ». Elle entre au conservatoire national supérieur de musique à Paris et poursuit son travail sur la voix. « Ce fut un long parcours, un peu du combattant. J’ai une voix longue et on m’a aiguillée vers le répertoire de soprano. Or c’était la mauvaise route. Ma véritable nature est mezzo-soprano. Après cela, il a fallu retravailler ma voix en profondeur et en détente ». Cette voix, « miroir de l’âme », qui ne cesse d’évoluer. « Elle est le reflet de ce que l’on a vécu, de ce que l’on vit. Il faut travailler sa voix et aussi son corps. Elle est le corps tout entier ».

Une préférence pour la tragédie

Eva Zaïcik aime voyager dans divers répertoires. « C’est de cette manière que ma voix peut s’épanouir ». La mezzo-soprano a été Bastienne dans Bastien et Bastienne de Mozart, Erneste dans le Monde de la lune de Haydn, Octovie dans Le Couronnement de Poppée, tenu le rôle de Carmen, « une figure emblématique ». Elle s’est produite avec Les Talens lyriques, les Arts florissants… « Il ne faut pas aller trop vite. Si on me proposait le rôle de Charlotte dans Werther de Massenet, je refuserai. Il y a des étapes à ne pas brûler pour réussir de nouveaux challenges ». Eva Zaïcik ne cache pas sa préférence pour les rôles de tragédienne qui permettent d’aller « dans l’intimité la plus profonde et l’expression la plus extérieure des sentiments ».

Lors des Musicales de Normandie, Eva Zaïcik retrouve jeudi 22 août à l’abbaye Saint-Georges à Saint-Martin-de-Boscherville le Poème harmonique pour la recréation du tout premier programme de l’ensemble de Vincent Dumestre consacré à Bellerofonte Castaldi (1580-1649), un artiste audacieux qui composait la musique et écrivait les poèmes. Selon la mezzo-soprano, chez Castaldi, « il y a une grande éloquence dans l’écriture avec une expression intime et sensible. Sa musique est virtuose avec ses expansions vocales » et révèle un esprit libre. Autour de lui, il y aura aussi Monteverdi, Frescobaldi, Belli, Uccellini et Rossi.

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