Dans le cadre du Festival Normandiebulle qui se tient samedi 26 et dimanche 27 septembre à Darnétal, La maison de l’Architecture de Normandie à Rouen propose jusqu’au 23 décembre une exposition intéressante et ludique autour des relations entre les super-héros et les villes qui les accueillent.

 

maison architecture super herosLes super-héros sont éminemment attachés à l’Amérique du début du XXe siècle, avec son lot de crises (désespérance liée à la pauvreté, à la criminalité et à la guerre), de développement urbain tentaculaire et vertical (la skyline de New York en témoigne dès les années 1910), et de recherche de nouveaux héros capables de produire un peu d’espoir (les pionniers et cowboys ne se sont pas adaptés à la modernité).

 

Superman est ainsi créé par Jerry Siegel et Joe Shuster en 1933, et met en scène un Clark Kent journaliste, en prise avec des « méchants » évoluant dans les rues de la mégalopole nommée Métropolis (en référence avec le film de Fritz Lang de 1928, lui-même très marqué par le New York des années 1920).

 

Bill Finger et Bob Kane imagineront Batman en mai 1939, l’Homme Chauve-Souris traquant le mal au cœur des ruelles borgnes et des caves humides de Gotham City. Le premier est un extraterrestre aux super pouvoirs, né au cœur des campagnes américaines et n’ayant de cesse de sauver la veuve et l’orphelin. Le second en revanche, torturé et sombre, utilise sa fortune pour créer armes et machines capables de l’épauler quand il s’enfonce au cœur de la nuit et des cloaques. Tous deux donnent les codes, et les super héros qui suivront devront se positionner par rapport à ces mythes fondateurs.

 

Dans les années 1960, l’armada Marvel issue du génial Stan Lee (Spiderman, Les 4 Fantastiques, Daredevil, le Silver Surfer…) renouvellera le genre en ancrant les récits dans un New York bien réel, dont on reconnaît à chaque page les rues et les monuments. Les super-héros deviennent nos voisins. Les années 1980 voient quant à elles la noirceur et la solitude imprégner « les villes désenchantées des comics modernes », avec comme témoin visionnaire Alan Moore (V pour Vendetta et Watchmen). Il faut attendre les années 2000 pour que les récits des redresseurs de torts intègrent des préoccupations sociales et environnementales.

 

Dans la ville

Avec une grande pertinence, l’exposition La maison des super-héros parcourt avec les périodes et les concepts, avec comme postulat « La ville, reflet de ses habitants, reflet de ses héros. » Remplaçant les sempiternelles « grilles Caddie », des amoncellements de cubes noirs (formant des sortes d’étranges buildings) servent de support pour accueillir les nombreux dessins, planches et maquettes. En un coup d’œil apparaissent les super-héros de légende confrontés aux décors dans lesquels ils évoluent.

 

Afin d’aller plus loin dans le sujet, un très intéressant documentaire de 40 minutes revient sur l’histoire des super-héros, et de nombreux comics peuvent être consultés sur place. Pour clore l’exposition, le visiteur peut admirer les restitutions (dessins et maquettes) des ateliers d’été dont le thème était « BD et architecture », organisés pour les enfants de 8 à 12 ans des centres de loisir de la Métropole Rouen-Normandie.

 

Produite par les Maisons de l’Architecture de Normandie, du Nord-Pas-de-Calais et du Poitou-Charentes, cette exposition prouve qu’un établissement de ce type a l’ouverture d’esprit suffisante pour décaler son regard et puiser dans les cultures populaires toutes les puissances qu’elles renferment. Une belle réussite.

 

Laurent Mathieu

 

  • Jusqu’au 23 décembre, du mardi au vendredi de 14 heures à 18 heures, le samedi de 10h30 à 12h30 et de 14 heures à 18 heures, à la Maison de l’Architecture de Normandie, 48, rue Victor Hugo, à Rouen. Renseignements au 02 35 71 85 45 ou sur mdahn.fr