Le Frac (fonds régional d’art contemporain) de Normandie Rouen révèle ses dernières acquisitions dans Résonance à travers un parcours artistique dans les paysages, les corps et les formes de récits. A voir jusqu’au 13 mai, au musée des Beaux-Arts de Rouen.

L’art est un fil continu. Même s’il est marqué par quelques ruptures à certaines périodes, il y a une permanence dans les démarches artistiques qui ne cessent de se nourrir. Non seulement Résonance présente les nouvelles œuvres acquises par le Frac Normandie Rouen mais surtout cette nouvelle exposition au musée des Beaux-Arts de Rouen relate ce long récit à travers un dialogue entre les œuvres. Aujourd’hui, le Frac compte 2 300 dessins, peintures, sculptures, photographies et livres signés par 660 artistes. Une centaine est présentée jusqu’au 13 mai dans cette première partie de Résonance (la seconde le sera du 14 avril au 26 août au Frac).

Outre le corps et les nouvelles formes de récit, Véronique Souben, directrice du Frac, s’est concentrée sur la thématique de l’environnement, un sujet qui a traversé l’histoire de l’art. Au fil du temps, les artistes s’en sont accaparés de manière différente. « Le paysage est une construction de l’esprit et du regard. Avec la photo, cette notion de la nature a évolué. On porte un regard sur la reconstruction du paysage et du territoire », indique Véronique Souben.

La nature, comme une matière

Comme Darren Almond, dans Night + Fog, qui pointe les dérives écologiques. C’est une image d’une plaine enneigée de la Russie septentrionale et dévastée par les goulags et la pollution par les minerais. Juste une grande surface blanche et froide scandée par des lignes verticales dessinées par des arbres brûlés. « On peut mettre en parallèle cette photographie avec la peinture de Friedrich, commente la directrice du Frac. Tous deux jouent sur la verticalité, l’horizontalité, sur des compositions épurées et des effets de matières ».

« Barbecue Summer » de Jeremy Deller

La fascination pour la feuille marque également l’histoire de la peinture. « Il y a eu une approche plus concentrée et de la nature avec une réelle ambiguïté entre une démarche scientifique et abstraite dès le XVIIIe siècle ». Les artistes fragmentent cette nature. Comme Jeremy Deller qui photographie avec un certain humour les traces de barbecue sauvage, ces brûlures de formes géométriques qui n’est pas sans rappeler le land art.

Pour les artistes contemporains, la nature peut devenir une matière. « Nous sommes dans la tradition du paysage narratif de Poussin », note Véronique Souben. Dans un film d’un peu plus de 3 minutes, Echo, Hans Schabus donne à voir en plan fixe un paysage avec des herbes folles, des arbres et un étang. L’image est tout à coup perturbée par l’arrivée d’un personnage en costume qui trébuche puis chute au ralenti dans l’eau. Il y a là des références à l’école de Barbizon et aux images de Thomas Struth.

  • Jusqu’au 13 mai, tous les jours, sauf le mardi, de 10 heures à 18 heures au musée des Beaux-Arts à Rouen. Entrée gratuite. Renseignements au 02 35 71 28 40 ou sur www.mbarouen.fr  ou sur www.fracnormandierouen.fr