Élégant, mélancolique, rock, poétique, incandescent, romantique, flamboyant, lyrique, sauvage… Feu ! Chatterton, c’est tout cela à la fois. Le second album, L’Oiseleur, du quintette parisien parle de souvenirs, crée des univers très contrastés, entre ombre et lumière. Il confirme surtout un talent et un esprit singuliers et rares. Il y a tout d’abord la musique, entre pop, rock et hip-hop, aux arrangements bien sentis. Il y a aussi l’écriture, pleine de finesse. Et sur scène ? Les cinq garçons sont captivants. Retour de Feu ! Chatterton en Normandie, cette fois-ci mercredi 12 décembre au Tetris au Havre. Entretien avec le chanteur et auteur des textes, Arthur Teboul.

Est-ce que la poésie est toujours une introspection ?

C’est ce que j’attends d’un poète. Je pense que l’écriture est un moment pendant lequel on se retrouve dans l’intime, dans son intimité avec quelqu’un qui nous accompagne.

Est-ce qu’elle doit être une effervescence ?

André Breton en parle dans Poisson soluble. Le poème est soluble, effervescent et disparaît à la fin. Ce n’est pas grave parce qu’il a existé. Il a essayé de faire vibrer, de provoquer une forme d’élégance, le rêve.

Est-ce que la poésie apaise la colère ?

Cela vient en même temps. L’Oiseleur parle beaucoup de perte, de deuil, de finitude. Dans un vide peuvent renaître des choses. Les souvenirs nous rappellent qu’il y a eu de la joie. La poésie n’est pas un remède mais une compagne.

Est-ce aussi une jolie forme de subversion ?

Nous sommes assez pudiques. C’est compliqué de dire les choses frontalement, des choses profondes. Aujourd’hui, peut-être que la poésie est plus subversive et plus rebelle puisque tout doit être efficace, rentable, gratuit, rapide, léger. Écrire un poème devient un acte tellement à contre-courant que cela devient un engagement en soi.

Où trouver la lumière alors ?

Quand on écrit des chansons, il y a quelque chose de prémonitoire. Pour le premier album, nous étions plus adolescents, plus mélancoliques, plus noirs. Peut-être que les douleurs étaient moins profondes. Quand on est confronté à une vraie douleur, on se dit que la vie est une suite de déchirements. Au début du travail sur cet album, nous étions devant une grande question métaphysique : qu’est-ce qu’on fait ? Il faut arrêter de se plaindre, être courageux. Sinon tout cela est trop lourd à porter. Il faut aller vers la lumière, l’après, l’ailleurs, les joies futures. On mesure la profondeur d’une douleur à la profondeur de la joie vécue.

Dans cet album, les sentiments sont très ambivalents.

La vie est faite comme cela. D’un instant à l’autre, tout est grave et léger. On se retrouve au cœur de la douleur et d’un fou rire. Il faut laisser ouvert son instinct.

Comment vous êtes-vous plongés dans les souvenirs ?

Nous sortions d’un an et demi de tournée. C’était un temps de l’action. Et on n’a pas eu le temps de faire reposer. Quand on fait une pause, on se souvient, les choses s’épaississent. L’album est remplit de plein de souvenirs fugaces, de ces presque riens qui rendent la vie intense.

Vous reprenez un poème d’Aragon, Zone libre qui dit : la cendre blanchit la braise. Est-ce le résumé de cet album ?

C’est un poème qui nous accompagne depuis cinq ans. Nous en avons plusieurs versions. Pour cet album, il nous a semblé important qu’il soit là. Ce texte est bouleversant. Il évoque aussi l’ambivalence des sentiments. Ce moment où on parvient à cicatriser une blessure, on ressent une joie et une crainte. Celle de trahir, d’abandonner. Mais on ne peut pas non plus être complaisant avec sa tristesse. C’est un moment toujours étrange. Quand on quitte un rivage pour aller vers un autre rivage.

Infos pratiques

  • Mercredi 12 décembre à 20h30 au Tetris au Havre. Tarifs : de 31 à 24 €. Réservation au 02 35 19 00 38 ou sur www.letetris.fr
  • Première partie : Bernhari

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