Gérard Mordillat est mardi 26 septembre à l’Armitière à Rouen pour son dernier livre La Tour abolie. Unité de lieu (presque) pour une fable caustique sur un monde économique sans pitié.

Ceux d’en bas – ceux d’en dessous, même, devrait-on dire, car ils vivent dans les sous-sols d’après le sous-sol – ne pensent qu’à manger et ceux d’en haut, ont soif de pouvoir. Il est question de faim et de soif mais pour autant, La Tour abolie ne donne pas envie de passer à table. Les personnages – nombreux – du dernier roman de Gérard Mordillat sont affreux, sales et méchants… Mais on ne le sait pas tout de suite. Et on les suit. Et on les perd, aussi, pour les retrouver plus tard, par surprise au coin du building. C’est que cette tour dont il est question, sise à La Défense à Paris, fait 38 étages. C’est beaucoup quand même. Mais en fait, il ne se passerait rien de particulier dans cette belle entreprise d’assurances si la direction n’avait pas décidé brutalement de fermer prochainement le restaurant self-service et de licencier les employés.

Mine de rien, quand on a du monde sous pression pour des tas de raisons propres à chacun et qu’il y a une goutte d’eau qui fait déborder l’open-space, il y a tout à craindre. Et, de fait, les ultra-pauvres des parkings en sous-sol vont se rebeller et la direction va quelque peu exploser. « – Vous savez quel est le mal du siècle ? (…) L’indifférence, dit Thelma. Tout le monde ferme les yeux, tourne la tête et se tait devant l’horreur du quotidien comme si cela suffisait pour être épargné. » Et Mordillat la décrit bien, l’horreur, celle des bas-fonds où se perd la notion du bien et du mal ; et celle des bureaux feutrés où le cynisme règne sans partage.

Le style de l’auteur mute en fonction des personnages, passant du chapelet d’injures à l’évocation poétique. Il y a décidément plus de 40 étages qui séparent les hommes…

 

Hervé Debruyne

 

  • Mardi 26 septembre à 18 heures à l’Armitière à Rouen. Entrée libre.