Son nom a souvent été associé à celui d’OrelSan. Il est vrai qu’ils ont été très complices autant dans la musique avec Casseurs Flowters, au cinéma avec Comment c’est loin et à la télévision avec la série Bloqués. Gringe (Guillaume Tranchant) se dévoile dans son premier album, Enfant Lune, sorti en novembre 2018. Il signe presque une autobiographie tant il confie des histoires personnelles, des blessures, des démons venant perturber ses nuits blanches. Il est question d’amour, de maladie, de spiritualité. Enfant Lune dresse le portrait d’un homme tourmenté à la plume mélancolique. Loin de l’image du garçon avec un bonnet sur la tête qui passe son temps à philosopher dans son canapé. Gringe est en concert vendredi 5 avril au 106 à Rouen.

Vous sortez votre premier album, Enfant Lune, maintenant. Mais vous avez une longue histoire avec le rap.

Oui c’est une longue histoire. C’est même mon premier amour. J’écoute du rap depuis 10 ou 11 ans, un âge auquel on se construit. Cette musique est mon héritage. Elle est dans mon ADN. Elle est devenue mon moyen d’expression. Il est vrai que j’ai moins le feu sacré aujourd’hui. Je me sens moins intéressé par le discours véhiculé en ce moment, ce discours dominant très individualiste. Donc j’en écoute de moins en moins.

Est-ce que vous avez été touché avant tout par l’expression directe du rap ?

Oui, le rap a une forme d’expression directe, même une urgence. J’aime cette immédiateté. Le rap est le reflet de tout ce que l’on peut vivre en différentes époques.

Est-ce que votre écriture est aussi immédiate, instinctive ?

Cela dépend. Je peux avoir des fulgurances pour des morceaux qui ne verront jamais le jour. Pour moi, ce serait trop gênant de les enregistrer et de les écouter. J’entretiens cette gymnastique intellectuelle. En règle générale, les morceaux me demandent pas mal de travail pendant plusieurs mois. Que ce soit pour le texte et pour la musique. Je suis toujours à la recherche de la musicalité.

Est-ce votre quête ?

Oui et de plus en plus. J’apprends à aérer mes textes, à moins les remplir de mots pour laisser de la place à la respiration, à l’interprétation. C’est hyper important dans le rap aujourd’hui. La musicalité prévaut sur le reste. Aujourd’hui, je suis à la recherche de la mélodie, du top line pour faire passer des messages.

Faire passer un message reste-t-il l’essentiel ?

Il ne faut pas sacrifier le message mais trouver le bon équilibre entre tout cela. Léa Castel m’a aidé dans cette démarche.

Est-ce que la nuit est le moment le plus propice à l’écriture ?

Oui, pour moi, c’est la nuit. Et pas seulement pour l’écriture. La nuit, j’ai l’impression d’être plus perméable, plus ouvert à mes sentiments. Je suis même plus envahi. La lumière du jour ne m’attire pas vraiment. Je préfère la nuit pour écrire, chanter. Cela me met dans un état particulier. C’est très romantique tout cela.

Êtes-vous un romantique ?

Je ne sais pas si je suis un grand romantique. Mon ex me disait souvent : tu as le mal du siècle. Elle n’avait sûrement pas tort. En fait, je dois être un romantique dans le sens du XIXe siècle.

Vous en parlez beaucoup des lumières de la nuit dans cet album.

Oui, notamment dans Paradis noir. Je réfléchis beaucoup en termes d’énergie, de lumière que nous avons en chacun de nous. C’est aussi une question d’équilibre, de paix intérieure qui révèlent justement cette lumière en nous. C’est un peu une quête vers davantage de sagesse et de bienveillance.

Écrire la nuit, c’est aussi écrire seul.

Oui mais c’est une solitude choisie. J’ai des amis que je vois régulièrement. Sinon, cela m’handicaperais. Je me sentirais en marge et très seul. J’ai appris à composer avec cela. Je suis foutu comme ça. Pendant la tournée, nous sommes un groupe d’une quinzaine de personnes et j’aime ça. Quand j’ai besoin de solitude, je sais m’isoler et l’expliquer.

Cet album a un fil rouge. C’est presque votre histoire. L’aviez-vous imaginé comme cela ?

Oui, c’est un peu ça. Il y a en effet un fil rouge que j’ai essayé de suivre. Pour cet album, j’avais besoin de décoffrer quelque chose, de m’en libérer. 

Cet album est très personnel. Était-ce nécessaire pour passer à autre chose ?

Peut-être… Je ne me suis jamais fait la remarque. Un premier album ou un premier bouquin permet de poser un socle pour encore mieux ensuite s’échapper.

Vous écrivez, vous chantez, vous jouez au cinéma. Est-ce que la musique fait appel davantage à des sentiments intérieurs ?

Totalement. C’est là où je trouve que l’écriture peut avoir un côté pénible parce qu’elle me replonge dans des états. Il faut aller chercher la sincérité. Le cinéma est une œuvre collective. Il faut se glisser dans la peau d’un personnage. Ce qui me permet de ne plus être dans ma tête, de ne plus être prisonnier. Je trouve un bel équilibre entre les deux.

Infos pratiques

  • Vendredi 5 avril à 20 heures au 106 à Rouen.
  • Première partie : C.O.E.F.F.
  • Tarifs : de 24,50 à 8 €. Pour les étudiants : carte Culture.
  • Réservation au 02 32 10 88 60 ou sur www.le106.com