La librairie L’Armitière à Rouen accueille jeudi 23 novembre Alice Zeniter qui vient de recevoir le Goncourt des lycéens avec son nouveau roman, L’Art de perdre.

D’aucuns n’auraient pas forcément parié sur le succès de ce roman. Cinq cents pages sur la Guerre d’Algérie et ses conséquences sur trois générations… Mais la critique et les lecteurs se sont bien chargés de plébisciter l’ouvrage qui s’est retrouvé dans les « short-lists » des grands prix littéraires pour finalement remporter le Goncourt des lycéens.

Les raisons sont sans doute multiples. L’auteure connaît bien son sujet de par son histoire personnelle, elle sait raconter une histoire, comme on avait déjà pu le constater dans ces précédents livres… Enfin – et peut-être surtout – Alice Zeniter a du cœur. En revenant sur la tragédie de cette guerre encore si proche, il était possible de choisir un camp et d’avancer en se frappant la poitrine. Et puis non : l’auteure a choisi de raconter, simplement, mais avec des images et des situations d’une force remarquable. Car Alice Zeniter, c’est aussi un style. Et sans doute en fallait-il pour donner corps à cette saga. Pour parler des Harkis, de ceux qui ont dû quitter leur terre.

« Fabriquez vous des souvenirs de chaque branche, de chaque parcelle, car on ne sait pas ce qu’on va garder. Je voulais tout vous donner mais je ne suis plus sûr de rien. Peut-être que nous serons tous morts demain. »

Partir pour arriver démuni sur le sol français.

« Quand ceux que, faute de mieux, on appelle les Harkis ont demandé pourquoi ils étaient parqués ici, où elle était la France, le reste du pays, on leur a répondu que c’était pour leur bien, que le FLN les recherchait encore et qu’il fallait les protéger. Depuis, chaque nuit, ils tremblent qu’on les égorge sans bruit, un par un, pour finir le travail. Le matin, machinalement, ils portent la main à leur cou. »

La force du roman, c’est de donner à vivre au lecteur la tragédie au quotidien ; pas d’étirer un chapitre d’histoire avec des échanges de tirs, des attentats, des généraux impatients et des accords d’Evian… La vie, Alice Zeniter nous le rappelle, c’est à chaque instant. La vie, elle est aussi après la guerre, après le retour ; quand il faut se résigner à rester et porter la famille. Que le début d’un long chemin. Mais ce chemin, l’auteure l’éclaire encore avec justesse jusqu’à la fin du récit.

 

Hervé Debruyne

 

  • Jeudi 23 novembre à 18 heures à L’Armitière à Rouen. Entrée libre