Primitifs modernes arrive après Beauté pour tous et Avalanche. Une suite logique pour La Maison Tellier qui sort ce vendredi 22 mars un sixième album très bien écrit. La mélancolie d’Helmut est encore plus douce ; sa poésie, plus colorée. Primitifs modernes, un subtil oxymore, est un regard sur la société en forme de questionnements. Il ne faut pas aller chercher chez le groupe rouennais une quelconque nostalgie. Pas non plus de c’était mieux avant mais une perte de certaines illusions dans un monde où tout file à grande vitesse, où s’est installé un entre-deux peu confortable. La musique, plus électrique, qui emprunte à plusieurs époques et styles, installe une urgence pour rappeler cette fureur de vivre. La Maison Tellier sera en concert jeudi 4 avril au 10§ à Rouen. Entretien avec un des membres de la fratrie, Helmut Tellier.

Qui sont les primitifs modernes ?

Nous tous. Nous sommes pareils que les homos sapiens d’il y a 100 000 ans avec des sentiments apocalyptiques. Eux vivaient avec la peur que le soleil ne se lève pas le lendemain. Nous vivons avec des technologiques qui nous dépassent. On voit bien que l’homme moderne n’est pas foutu de se protéger lui-même. Il faut lutter pour garder l’envie de construire des choses. Les primitifs modernes, c’est nous aussi. Nous sommes cinq à avoir voulu nous retrouver autour de valeurs musicales communes. Nous avons créé cette famille musicale qui n’a jamais trop réussi à s’intégrer.

Primitifs modernes est le titre de ce nouvel album. Est-ce aussi son point de départ ?

J’avais cet oxymore en tête. Ces mots me plaisaient. Ils étaient là avant la moindre chanson. Lors de l’écriture, j’ai suivi mes intuitions, des instincts plus ou moins pertinents. Cela fixait un cadre un peu large et pas trop contraignant. En fait, ce fut une ligne directrice et non un carcan. Il ne fallait pas que ce soit au détriment des chansons. Donc, sortons de nos cavernes et allons vers la lumière.

Est-ce qu’il y a une forme de désenchantement ?

Il faut continuer à s’engager dans la vie, dans ce monde d’une violence sans nom. Nous sommes assommés de choses anxiogènes. C’est un questionnement. Que faire pour pouvoir continuer à vivre malgré cela ? Il faut donner un sens à sa vie, avoir une conscience politique. Il y avait déjà un peu cela dans Exposition universelle. Nous n’avons pas fait un disque philosophique mais sincère et honnête.

Donc « pour vivre heureux, vivons », comme vous l’écrivez ?

On ne peut pas faire mieux. Il faut arrêter de chercher les choses derrière soi. C’est le mythe de la caverne de Platon.

Pour cela, il faut cicatriser des blessures comme dans Tout est pardonné ou La Horde.

J’ai bouclé une boucle avec moi, adolescent. Cela permet de voir où on en est. Je suis allé voir mon moi, ado, pour lui dire : prépare-toi à ce que tu vas vivre, à ce que ce sera cela plus tard. C’est comme si tu t’écrivais une lettre à toi-même. C’est faire la paix avec des trucs qui bouillent en toi, qui ne sont pas bien cicatrisés. D’où le dernier titre, Que Mes Chansons… (reposent en paix). Tout cela n’est que des chansons mais c’est l’affaire de ma vie.

Est-ce que vous faites partie de cette génération à enchanter ?

Je fais partie de cette génération qui a vécu dans un grand confort. Puis, il y a eu la disparition des idéaux à la fin du XXe siècle avec la chute du communisme et la mort de la religion catholique. Que reste-t-il à la génération d’aujourd’hui ? Le consumérisme. C’est la musique qui a enchanté ma vie.

Qu’est-ce qui vous a amené vers des ambiances plus électriques ?

Nous avons eu une très longue tournée. Elle a duré trois ans. Pour Primitifs modernes, nous avons souhaité une plus grande cohérence entre la scène et l’album. Nous avons beaucoup travaillé avant d’entrer en studio. Nous avons été de bons artisans. L’ingé-son nous a mis en condition du live. Ce qui donne aussi un côté primitif. On connait les chansons comme jamais.

Cet album marque aussi la création de votre propre maison de disques.

Nous avons fait de notre faiblesse, une force. Nous sommes un peu les conquérants de l’impossible à un moment où le business de la musique se fracasse. Cela nous rend tenaces. Nous avons pu contrôler notre travail jusqu’au bout. Pour notre famille, c’est une sorte d’engagement. Depuis quinze ans, nous sommes les mêmes mecs.

Infos pratiques

  • Jeudi 4 avril à 20 heures au 106 à Rouen.
  • Tarifs : de 24,50 à 15,50 €. Pour les étudiants : carte Culture.
  • Réservation au 02 32 10 88 60 ou sur www.le106.com
  • Première partie : Tiny Ruins