L’inauguration du nouvel orgue de l’église d’Arques-la-Bataille a été le point de départ du festival de musique ancienne de Normandie. C’était il y a tout juste vingt ans. L’Académie Bach inaugurait ainsi un événement annuel avec comme fil rouge la musique du Cantor de Leipzig. Se sont succédées depuis des concerts, des créations, des découvertes d’ensembles et d’artistes devenus aujourd’hui incontournables. Le festival de musique ancienne se tient du 21 au 25 août à Arques-la-Bataille et dans les communes environnantes. Explication avec Jean-Paul Combet, directeur de l’Académie Bach.

Où vous a emmené Bach pendant ces vingt années ?

Bach nous a emmenés un peu partout, aussi bien dans le répertoire de la musique médiévale que dans celui de la musique contemporaine. Il a à la fois été un ancrage fort dans des racines, un patrimoine artistique et permis des ouvertures les plus diverses possibles, parfois très loin de lui. Quand nous avons décidé de ne plus être dans un événementiel provisoire mais que nous sommes passés dans une logique de long terme, nous avons considéré les œuvres de Bach comme un point central du festival. Bach est un compositeur qui appelle à l’ouverture. Sa musique n’est qu’ouverture parce que Bach avait une connaissance exceptionnelle de la musique des époques précédente, doublée d’une capacité de prospective phénoménale. 

Est-ce les multiples rencontres qui ont fait évoluer le festival ?

Oui, les rencontres sont déterminantes. Dès les deuxième et troisième éditions, nous avons collaboré avec de jeunes formations comme le Poème harmonique ou Café Zimmermann. Nous avons appris avec elles et elles ont appris avec nous. Cela nous a permis de ne pas être figés sur une ligne esthétique. Nous avons défriché ensemble de nouveaux terrains et nous poursuivons toujours ce travail.

Comment avez-vous appréhendé la notion de festival ?

Nous nous sommes positionnés sur une ligne directrice : construire avec les artistes et le public des parcours qui racontent quelque chose. Nous ne voulions pas de festivals thématiques. Très vite, on tourne en rond. Nous avons préféré imposer une identité, amener chaque édition dans une direction différente pour passer d’un style à un autre, d’une époque à une autre, d’un lieu à un autre. D’une année sur l’autre, nous avons approfondi des répertoires. Avec le Poème harmonique, ce fut la musique française et italienne du XVIIe siècle. Hélène Schmitt a réinterrogé le répertoire romantique sur instrument ancien.

Quel chemin avez-vous emprunté pour écrire cette 20e édition du festival de musique ancienne ?

C’est un parcours très contrasté avec de la musique littéraire et intellectuelle. La musique de Guillaume de Machaut a la particularité de contenir une texte littéraire. C’est un grand récit avec de multiples digressions. La Dolce Sere, sous la conduite de Benoît Toïgo, professeur de flûte au conservatoire de Dieppe, va rendre compte de cette pièce de la fin du Moyen-Âge. Nous ne savons rien des couleurs de l’exécution. Peut-être n’y en avait-il pas ? Lors du festival, le public va retrouver les parcours d’orgue du matin : deux sont consacrés à Bach, un à Couperin. Pour le dernier, Benjamin Alard va jouer sur un petit orgue de salon datant du milieu du XVIIIe siècle. Nous aurons aussi des programmes plus en liaison avec des musiques improvisées ou non écrites. Les Kapsber’Girls proposent un chef-d’œuvre italien, La Piazza venuta da Napoli. Elles sont pleines d’inventivité et d’imagination. J’ai retrouvé chez elles la même énergie, le même talent et la même musicalité que chez le Poème harmonique à ses débuts. A noter également la venue de Jambaroque, un ensemble originaire de Kansas City, qui pratique la musique ancienne à partir du jazz. Il s’est pris de passion pour les chansons et les thèmes du début de la période de baroque et les interpréter en apportant sa propre couleur, sa propre identité.

Vous avez aussi voulu un festival comme un point de rencontre entre artistes et public. Pourquoi des stages ?

Nous avons lancé ces stages il y a quatre ans et nous allons encore les développer. Nous nous sommes souvent interrogés sur la frontière entre ceux qui sont sur scène et ceux qui sont dans la salle. Il ne faut plus imaginer une pratique culturelle d’un point de vue consumériste, donc amoindrir cette frontière pour recréer un espace de communication, de dialogue. Il y a un stage de chant. Chez le public, il y a une recherche de contact, de proximité et de clés de compréhension. Quand on écoute un concert, on se retrouve dans la position d’une personne qui reçoit quelque chose. On prend ça en bloc dans la figure et ce n’est pas toujours simple de comprendre le contenu artistique. Après une pratique vocale ou théâtrale, on acquiert des clés qui permettent d’écouter différemment.

Le programme du festival de musique ancienne

Lundi 20 août :

  • conférence sur La musique ancienne, hier et aujourd’hui par Jean-Paul Combet au conservatoire Camille-Saint-Saëns à Dieppe (entrée libre)

Mardi 21 août :

  • 20 heures : Scaramanzia par l’ensemble Kapsberger à l’église à Varengeville-sur-Mer
  • 22 heures : La Pazza venuta da Napoli par les Kapsber’Girls à l’église à Hautot-sur-Mer

Mercredi 22 août :

  • 11 heures : Messe de François Couperin par Jean-Luc Ho à l’église Saint-Rémy à Dieppe (entrée libre)
  • 14h30 : conférence sur La Pratique du consort anglais par Ghislain Dibie au presbytère à Arques-la-Bataille (entrée libre)
  • 20 heures : Messe de François Couperin par Jean-Luc Ho et Les Meslanges à l’église à Arques-la-Bataille
  • 22 heures : What is our life ? par Le Concert des Planètes à l’église à Arques-la-Bataille

Jeudi 23 août :

  • 11 heures : Bach par Frédéric Desenclos à l’église à Arques-la-Bataille (entrée libre)
  • 14h30 : conférence sur Guillaume de Machaut par Benoît Toigo au conservatoire Camille-Saint-Saëns à Dieppe (entrée libre)
  • 19h30 : Guillaume de Machaut par La Dolce Sere à l’église à Offranville
  • 22 heures : From baroque to jazz par Jambaroque à l’espace Maupassant à Offranville

Vendredi 24 août :

  • 11 heures : Couperin, Clérambault et Corette par Benjamin Alard à l’église à Lammerville (entrée libre)
  • 14h30 : conférence sur La Musique au monastère de Santa Cruz de Coimbra par Tiago Simas Freire au presbytère à Arques-la-Bataille (entrée libre)
  • 20 heures : Du Grégorien à Arvo Pärt par Les Chantres de Paris à Arques-la-Bataille
  • 22 heures : Brahms par L’Armée des Romantiques à Arques-la-Bataille

Samedi 25 août :

  • 11 heures : Bach par Benjamin Alard à Arques-la-Bataille (entrée libre)
  • 18 heures : conférence sur les Vingt ans d’Académie Bach par Jean-Paul Combet au presbytère à Arques-la-Bataille (entrée libre)
  • 21 heures : Zuguambé par Capella Sanctæ Crucis à Arques-la-Bataille (entrée libre)

Tarifs : de 20 € (25 € pour Zuguambé) à 10 €, gratuit pour les moins de 18 ans. Réservation sur place ou sur www.academie-bach.fr

Il reste des places pour les stages de chant choral et baroque du 18 au 25 août. Inscription sur www.academie-bach.fr