Les tournées s’enchaînent dans les Zéniths chaque saison. Et le public reste fidèle à ces artistes qui ont marqué la France des années 1980. Parmi eux, il y a Jean-Pierre Mader. Durant cette décennie, difficile d’échapper à Disparue, Macumba, Un Pied devant l’autre ou encore Jalousie. Des tubes pop, faussement légers, qui ont occupé le haut du Top 50 pendant de nombreuses semaines. Le chanteur toulousain a eu un parcours atypique. Après les tourbillons du succès, il s’est réfugié dans les studios pour devenir producteur. Retour depuis plus d’une décennie sur les scènes avec Stars 80, spectacle présenté vendredi 22 mars au Zénith de Rouen. Entretien.

Vous êtes auteur, compositeur, interprète et producteur. Quel rôle préférez-vous ?

C’est une question complexe. J’aime beaucoup ces quatre rôles qui ont chacun leur particularité. Cette tournée des Stars 80 me fait revivre des sensations d’interprète que j’avais oubliées. C’est une belle occasion de pouvoir jouer à nouveau ce rôle, de retrouver ce côté festif et cette insouciance qui se dégageaient des années 1980. 

Vous aviez oublié ce qu’est l’insouciance ?

Non parce qu’elle a toujours été là. Quand on m’a proposé ce concept de Stars 80, je ne savais pas trop où je mettais les pieds. Il y avait une volonté de renouer avec un succès populaire. Ce que l’on ne laisse jamais derrière soi parce que nous avons vécu tellement de choses. Cela aurait été stupide de refuser cette invitation. Toutes ces chansons sont la bande son d’une époque, d’une France moins anxiogène, moins formatée. Aujourd’hui, ce concept nous a échappé. Il y a un côté magique, un fil indicible qui s’est tissé avec le public. 5 millions de tickets ont été vendus. Cela dépasse tout ce que j’espérais. Je pensais que ce petit truc sympathique durerait entre trois et quatre ans.

Vous allez devenir culte.

Je ne sais pas si je vais devenir culte. Mais c’est agréable de faire des selfies dans la rue, d’entrer dans la vie des gens avec des petites chansons. 

Est-ce que vous avez de la nostalgie pour cette décennie ?

Non, pas du tout. Je ne suis pas nostalgique. Je me sens même beaucoup mieux maintenant. C’est amusant. Aujourd’hui, mon passé est devenu mon futur. Si l’on fait un parallèle entre les années 1980 et l’époque actuelle, il y a un paradoxe. Nous sommes issus de cette période du vinyle, du 45 tours qui se vendait beaucoup. Désormais c’est le live qui nous sauve. Comme les artistes actuels. On vit l’inverse.

Est-ce que vous ressentez de la nostalgie dans le public ?

Au départ, je pense que oui mais il n’y a pas que cela. Nous proposons un spectacle différent, collégial avec des duos, des trios, des hommages à Queen, Aretha Franklin. On reprend également des titres d’Étienne Daho, d’Indochine… 

Comment résonnent en vous vos chansons aujourd’hui ?

Je me dis que j’ai eu la chance d’avoir eu ce feu sacré. Disparue, Macumba… ce sont des enfants. Aujourd’hui, c’est tellement loin. C’est toujours très particulier le rapport que nous pouvons avoir avec les chansons. Cela a été une vraie psychothérapie. Après ces années, il a fallu que je rebondisse, que je me réinvente plusieurs fois, notamment en reprenant ces chansons. J’ai dû trouver du courage.

Vous avez été aussi producteur. Pourquoi avez-vous choisi des projets complètement différents et loin de ce que l’on connaissait de vous ?

Oui, j’ai mené des projets très divers avec Ute Lemper, Philippe Léotard, Fabulous Trobadors, sur Serge Reggiani… Cela m’a déjà permis d’aller vers des choses plus intellectuelles, d’être dans un format album qui tend à disparaître. Alors que j’étais plutôt un spécialiste du 100 mètres. J’ai dû changer d’entrainement pour être dans l’endurance. J’ai beaucoup appris musicalement, joué avec des musiciens fabuleux, travaillé avec des maisons de disques, fait le tour des studios. Je me suis battu pour des artistes singuliers. J’avais laissé mes chansons telle qu’elles étaient et je les ai reprises telles qu’elles étaient aussi. Avec beaucoup de force et d’énergie. Avoir été producteur ne m’a pas usé.

Avez-vous aujourd’hui envie d’écrire un nouvel album ?

Je ne sais pas. C’est tellement compliqué aujourd’hui. Un album a perdu de son importance. Mais pourquoi pas, je ne me l’interdis pas. Peut-être s’il y avait une rencontre… Mon quotidien est cette tournée avec Stars 80. Il faut être bon et je veux profiter du temps qui reste.

Infos pratiques

  • Vendredi 22 mars et vendredi 29 novembre à 20 heures au Zénith de Rouen.