C’est un texte qu’il a en tête depuis quelque temps. Bruno Bayeux crée avec sa compagnie BBC Le Chandelier d’Alfred de Musset, une comédie pleine de poésie et de fantaisie. Ce sera du 3 au 14 août en extérieur au jardin des plantes à Rouen.

Musset, encore

Plusieurs chemins artistiques ont conduit Bruno Bayeux à Musset. Il y a tout d’abord eu Fantasio, l’opéra d’Offenbach composé sur le livret de Paul de Musset, inspiré de la pièce de son frère, Alfred, et mis en scène par Thomas Jolly. Le comédien rouennais y tenait trois rôles. Ce travail fut l’occasion d’une rencontre avec Sylvain Ledda, enseignant-chercheur et spécialiste de Musset, de la redécouverte d’un auteur et de « sa langue. C’est un peu lyrique. On a envie de chanter ». Parmi tous les écrits de Musset, il y a Le Chandelier, « une pièce que l’on connaît peu, qui a été censurée et attaquée » pour outrage aux bonnes mœurs. Cette pièce est par ailleurs comme une suite logique au solo de Bruno Bayeux, Moi, Sarah B, un portrait décapant de Sarah Bernhardt. « C’est une époque dans laquelle le cadre social est contraignant pour les femmes. S’il y a un écart de conduite, c’est tout de suite le chantage avec le mari. C’est dehors avec l’enfant sous le bras et les femmes se retrouvaient actrices ou courtisanes. Certaines n’hésitaient pas à braver les interdits ». Comme Sarah Bernhardt et Jacqueline dans Le Chandelier.

Un chandelier, c’est quoi ?

Le Chandelier est une comédie dramatique écrite par Alfred de Musset en 1835. Elle se déroule dans les années 1780 en province dans une famille bourgeoise. Maître André, soupçonne sa jeune et belle épouse, Jacqueline, de le tromper. D’autant que Landry, un des trois clercs du vieux notaire, déclare avoir vu un homme escalader le mur de la maison et entrer dans sa chambre. Jacqueline parvient à mettre fin à cette conversation avec son mari et délivre, en toute discrétion de son armoire, un officier des dragons, Clavaroche. Désormais, pour les amants, il est essentiel de détourner les regards de Maître André. Ils vont alors imaginer un vieux stratagème : trouver un chandelier ou un soupirant qui lui fera la cour. C’est Fortunio qui sera l’objet de ce plan. Or, le troisième clerc du notaire est secrètement et passionnément amoureux de Jacqueline.

Drôle et amer

Tout commence comme une pièce de boulevard avec traditionnellement l’amant dans le placard. La suite ? C’est un drame malgré les rires. Le Chandelier est, selon Bruno Bayeux, « une pièce onirique, poétique, un véritable piège pour les acteurs qui doivent toujours être sur le fil ». « La langue de Musset est difficile stylistiquement. C’est une larme dans un sourire. On est sans cesse sur la brèche. Ces personnages ne sont pas des archétypes mais par des sentiments contraires », commente Thomas Jolly. Bruno Bayeux a choisi de mettre en scène la pièce de Musset dans le jardin des plantes à Rouen. En extérieur, comme une évidence : « dans cette pièce, le rapport au jardin est très fort. À cette époque, nous sommes au début de la botanique. Le jardin est aussi le lieu de l’Eden, le symbole de l’amour pur. Comme celui que porte Fortunio pour Jacqueline ». La BBC joue tout près de l’orangerie du 3 au 14 août sur le bassin où Laurent Martin a construit une scénographie puissante.

Thomas Jolly, Fortunio

Pour cette création, Bruno Bayeux a réuni plusieurs membres de la Piccola Familia. « J’avais envie de retrouver cette troupe de Henry VI et de Richard III, des acteurs que j’aime ». Le premier : le fondateur de cette belle famille, Thomas Jolly qui joue Fortunio. « Quand on est metteur en scène, les propositions d’acteur se font de plus en plus rares. Bruno m’a confié un rôle génial au sein d’une équipe d’amis de longue date, au cour de l’été, en extérieur. J’en avais très envie ». Le metteur en scène est ce garçon de 16 ans, « sans destin dans cette maison bourgeoise » et manipulé. « Ce personnage est extraordinaire. Il offre plusieurs endroits à déployer. Cela ne cesse de changer. On passe d’un état à un autre ».

Julie Lerat-Gersant, Jacqueline

Dans ce Chandelier, Jacqueline, c’est Julie Lerat-Gersant. « Comme toutes les femmes de son époque, elle est assujettie au pouvoir des hommes, à son mari. Elle est très lucide sur sa position. Elle se retrouve au milieu de trois hommes, son mari, son amant, Fortunio, et elle les aime tous. C’est un beau personnage de femme, inquiet et fragile, qui se débat en permanence, qui montre une volonté d’émancipation. Elle est aussi assez forte parce qu’elle tient même si elle vit des moments de panique. Avec ce rôle, il n’y a pas une stratégie à mener. Elle est double en permanence et elle change très vite ». Sur les premiers pas de Fortunio et Jacqueline marchent également Gilles Chabrier, Vladimir Delaye, Mathieu Duhazé, Damien Gabriac, Charline Porrone et Samy Zerrouki. Sans oublier Philippe Davenet au piano qui interprète des œuvres de Schumann, Offenbach, Rachmaninov, Rossini…

Infos pratiques

  • Du samedi 3 au mercredi 14 août, tous les jours, sauf les dimanches, à 21 heures au jardin des plantes, près de l’orangerie, à Rouen.
  • Tarifs : de 18 à 10 €.
  • Réservations sur www.rouen.fr