L’Autre Lieu, une volonté du CDN de Normandie Rouen et du collectif Nos Années sauvages, ouvre jeudi 20 juin. Ce nouvel espace de création et de mémoire, situé au cœur de l’établissement public départemental à Grugny, dans un magnifique parc de 30 hectares, accueille des compagnies en résidence et des plasticiens, propose des expositions et s’est en partie transformé en musée.

L’Autre Lieu, c’est toute une histoire

Cette histoire commence au début de l’année 2017. À cette période, le collectif rouennais Nos Années sauvages mène différentes actions culturelles dans plusieurs écoles et collèges de Clères et dans l’établissement public départemental (EPD) de Grugny. Un travail artistique pour sensibiliser aux problématiques environnementales et s’interroger sur les relations entre l’homme et l’animal. Le résultat : Le Crépuscule des oiseaux, vestiges d’un royaume, une déambulation théâtrale et Plume(s), de l’oiseau à l’homme, tous les états de la plume, une exposition pendant l’été au parc de Clères. En juin 2017, David Bobée, directeur du centre dramatique national Normandie Rouen et les directeurs artistiques de Nos Années sauvages, Thomas Cartron et Sylvain Wavrant, découvrent dans un des bâtiments de l’EPD de Grugny une salle avec de multiples piles de cartons. Des boîtes qui conservaient les effets personnels des résidents décédés.

L’Autre Lieu, c’est un « rêve » d’artistes

À la découverte de cette salle aux trésors, la surprise laisse la place à l’émotion forte. À travers des photographies, des bijoux, des livres, des paires de lunettes, des boîtes de savon, des cadres, des bouteilles de parfum, des cartes postales, ce sont des histoires intimes qui s’écrivent. « Forts de cette émotion, nous avons commencé à rêver d’un projet pour amener la culture où elle n’est pas naturellement », confie David Bobée. Il aura fallu un an et demi pour mobiliser les collectivités et concevoir L’Autre Lieu qui ouvre jeudi 20 juin. Un nom en référence à Des Espaces autres de Michel Foucault qui permet d’imaginer divers projets.

L’Autre Lieu, c’est quatre espaces

L’Autre Lieu, c’est donc un espace de mémoire et de création. Un espace de mémoire tout d’abord pour mettre en valeur les objets appartenant aux résidents disparus. Ce musée aux murs bleu nuit raconte l’histoire de ces personnes et leur quotidien. Il interroge également sur notre rapport à la mémoire puisque tous ces effets sont l’objet d’un inventaire tel un archéologue. Des expositions temporaires présenteront des parties de cette collection. « Cette proposition photographique sera effectuée à partir d’images d’archives et d’anonymes pour nous demander ce que deviennent les images quand nous partons », remarque le photographe Thomas Cartron. L’Autre Lieu a aussi une galerie et un atelier pour « passer le relais à d’autres artistes que ceux de Nos Années sauvages », commente Sylvain Wavrant. Quatrième espace : un studio de répétition pour les compagnies de danse et de théâtre qui peuvent répéter dans une salle aménagée avec une partie des décors cuivrés de Roméo et Juliette de Shakespeare, mise en scène par David Bobée.

L’Autre Lieu, c’est deux films

L’histoire de L’Autre Lieu a inspiré deux vidantes. Le premier, Florent Houdu, également comédien, a réalisé Quatre Saisons à Grugny, un documentaire émouvant pour raconter la vie dans l’EPD des résidents et l’engagement du personnel administratif, soignant et encadrant. Dans Effet personnel de Wojtek Doroszuk, les résidents de l’EPD sont les acteurs de la découverte du contenu des cartons. « Il était important pour moi de découvrir ce lieu à travers le regard de ces personnes. Quelle légitimité avons-nous d’avoir accès à ces espaces d’intimité ? ». Ce film est comme un livre d’images racontant de multiples histoires.