Crave, c’est le titre du premier album de Léonie Pernet. La multi-instrumentiste signe là douze jolies perles, les unes, très sombres, les autres, lumineuses. Sa voix élastique surfe sur une pop electro mélodique, urbaine. C’est profond, introspectif, mélancolique, parfois tourmenté. Léonie Pernet sera samedi 25 mai au festival Rush sur la presqu’île de Rollet à Rouen. Entretien.

Être multi-instrumentiste, c’est un avantage ou un inconvénient quand on est compositrice ?

C’est plutôt un avantage parce que l’on maîtrise ce que l’on fait. On a plusieurs choix. Je pense que la connaissance est toujours un avantage. Il est vrai qu’il est parfois possible de se perdre dans la chanson. Des choix peuvent être difficiles.

Comment faites-vous ces choix ?

Ils se font au fur et à mesure. Souvent les gens fantasment sur des choix prédéfinis. Oui, j’ai une vision de l’ensemble. Après tout se construit morceaux par morceaux. La cohérence se dessine toute seule.

Quelle était votre vision pour Crave ?

Je voulais quelque chose de très intérieur, d’amniotique. J’avais envie que les mélodies touchent au cœur, qu’il n’y ait pas de distance afin d’être au plus près de ce que je ressentais. Excepté Butterfly, l’album s’écoute beaucoup seul. Il est une expérience sensorielle. Je pense que j’ai plutôt réussi à transmettre cela.

Faut-il composer un tel album dans des circonstances particulières ?

Il ne faut pas être polluée par l’extérieur ou le réel pour pouvoir ressentir les choses. Être sensible, c’est une manière d’être au monde. Je suis parfois un peu trop sensible. Composer de la musique demande concentration et une hygiène de vie mentale.

La réalité, l’actualité traversent aussi cet album.

Quand je parle du réel, ce sont toutes ces choses chiantes qui nous éloignent de nous, ces contingences bassement matérielles et économiques.

À quelles actualités êtes-vous le plus sensible ?

Je suis sensible à tout ce qui se passe autour de moi, notamment l’actualité politique. Elle me nourrit autant qu’elle me révolte. Je ne peux pas être quelqu’un qui reste endormi. Quand bien même on a un certain confort affectif et matériel, on ne peut se dire que tout va bien.

Qu’est-ce qui vous met le plus en colère ?

Il y a tellement de choses… Honnêtement l’injustice m’a toujours rendue folle. Aujourd’hui, il y en a beaucoup. L’islamophobie, le racisme sous toutes ces formes me mettent en colère. Les lois qui sont censées protéger les gens les excluent en fait. Comme celle qui interdit à une femme voilée de participer à une sortie scolaire. Je suis contre la politique migratoire menée depuis plusieurs années. Les discours politiques que l’on nous sert sont insupportables. Aujourd’hui, j’ai même coupé le fil d’actualité tellement cela m’affecte.

Dans votre album, vous avez réalisé un travail étonnant sur votre voix. Comment l’avez-vous travaillée ?

Cela a été instinctif. J’ai découvert que j’avais de vastes possibilités et je commence à les explorer. Je ne viens pas du chant. Alors je l’apprivoise. Comme un outil. Et je découvre que c’est très agréable de chanter. 

Quelle suite allez-vous donner à Crave ?

Une nouvelle page est en train de s’ouvrir. Cette suite est un prolongement de Crave. J’ai envie de contrastes, de percussions, de sons d’ailleurs, d’hybridité… Avec le recul, Grave a été une sacrée période de ma vie, quelque chose de douloureux parce que la conception a été très longue. Il m’a fallu quatre ans. Je me suis focalisée sur tellement de détails que j’ai dû faire plusieurs allers et retours. J’ai eu différentes hésitations. Parfois, je n’arrivais pas à choisir. Je ne me suis pas rendu la vie facile. Là, il y a une urgence. Le prochain album sera pour l’année prochaine.

La programmation

  • Vendredi 24 mai à 18 heures : Mr Oizo, Chloé Endless Revisions Live, Fantastic Twins, Cate Le Bon, Otzeki, Pottery, Die Wilde Jagd, Johnny and Rose
  • Samedi 25 mai à 15h30 : Apparat Live, Chloé, Kelly Lee Owens, Weval, Lydia Lunch Sings Suicide feat. Marc Hurtado, Léonie Pernet, Zombie Zombie, MNNQNS, Snapped Ankles, Théo Muller, Unschooling
  • Dimanche 26 mai à 15 heures : Kompromat, Pantha du prince, Beak, Delgrès, Nova Materia, Prettiest Eyes, Chloé vs Vassilena Serafimova, Bungalow Depression

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