Son dernier roman a été un véritable succès. Lola Lafon est revenue avec un regard singulier sur le parcours de Nadia Comăneci, la célèbre gymnastique roumaine qui a obtenu la plus haute note aux Jeux olympiques en 1976 à l’âge de 14 ans. Dans La Petite Communiste qui ne souriait jamais, elle dresse un portrait fantasmé d’une jeune fille biberonnée aux idées de la famille Ceausescu. Sur scène, Lola Lafon entremêle des extraits de son roman et des chansons pour raconter une vie dédiée au sport et aux autres, les relations entre l’Ouest et l’Est dans un contexte de guerre froide. Elle sera en trio mardi 28 mars au Trianon transatlantique à Sotteville-lès-Rouen avec le théâtre Charles-Dullin. Gagnez vos places en écrivant à relikto.contact@gmail.com

 

Vous venez dans une région que vous connaissez bien. Vous avez fait une résidence d’écriture dans l’Eure.

J’ai écrit mon troisième roman, Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce, dans la région. J’en garde un grand souvenir. J’adore cet endroit. Les paysages me touchent beaucoup. Je les trouve romanesques.

 

Cette fois, vous proposez un concert-lecture. Est-ce une manière pour vous de prolonger l’écriture d’un roman ?

J’aime l’idée d’être là et d’assumer le roman de manière physique. D’autant que ce livre a eu un beau succès. Il a été vendu dans 15 pays Je trouve cela formidable. Il y a eu beaucoup de dates, de rencontres. Tout cela a été une aventure très heureuse. J’ai porté ce personnage le temps de l’écriture. J’ai été l’avocate de ma Nadia Comăneci. Je lui ai tenue la main pendant un temps. Maintenant elle est assez grande. Aujourd’hui, la tournée se termine. Nous sommes dans la queue de la comète. Je trouve formidable de partager un roman en direct. J’ai l’impression d’être face à des enfants à qui on raconte une histoire le soir. Je me retrouve ainsi dans la position d’une conteuse. C’est très agréable. J’ai un grand plaisir à faire cela.

 

Quelle relation se crée entre vous et le public pendant cette soirée ?

Il y a une grande écoute dans la salle. Je trouve cela très impressionnant. Les premières fois, j’étais troublée parce que le public n’applaudissait après les chansons. L’attention est vraiment très forte. Je prends un vrai plaisir. Quand on écrit, on passe beaucoup de temps seul. Pendant un ou deux ans, je suis face à moi-même. Personne n’intervient. Alors, quand je reviens à la scène, je respire. C’est une autre partie de ma vie qui m’est indispensable.

 

Est-ce que cette solitude est pesante ?

Non parce que j’ai choisi cette vie. Je suis solitaire de toute façon. Mais je crois beaucoup au collectif. La solution est toujours dans le collectif.

 

 

 

 

Est-ce compliqué de revenir sur un texte déjà écrit ?

Quand j’écris un roman, je le réécris en fait plus de dix fois. A un moment, je sais que l’histoire sera comme je viens de la rédiger. Les choses s’imposent. Et c’est à ce moment-là que je le lâche à mon éditeur. Pour moi, le concert est comme une recréation. Je recrée une autre narration. Dans un roman, il y a des passages qui se prêtent à la lecture et d’autres, non. Dans une lecture, on ne raconte pas tout et garder une certaine distance. Par ailleurs, je n’arrive jamais à écrire en même temps le roman et les chansons. Je ne sais pas faire les deux.

 

Que sont les chansons par rapport au roman ?

Ce sont des inspirations, des plages imaginaires. Elles peuvent avoir aussi un lien avec l’époque. J’ai d’ailleurs repris La Solitude de Barbara, Sweet Dreams d’Eurythmics.

 

Vous avez « vécu » quelque temps avec Nadia Comăneci. Quel regard portez-vous sur cette jeune femme aujourd’hui ?

Mon regard sur elle n’a pas tellement changé. Elle a tellement été jugée par tous les régimes. Il n’y a pas un moment où on l’a laissée en paix. C’est étrange, cette passion pour cette petite fille. On a l’impression qu’elle n’a existé qu’à l’âge de 14 ans.