C’est le deuxième labo du CDN de Haute-Normandie. Il est confié à la compagnie du Chat Foin de Yann Dacosta qui s’est emparé des témoignages des 6 prostituées réunis dans Une Vie de putain de Claude Jaget. Loveless est présenté toute cette semaine au théâtre des Deux Rives à Rouen.

 

photo Alain Plantey

photo Alain Plantey

Un fait divers. Après plusieurs meurtres de prostituées perpétrés au printemps 1974 dans la région Lyonnaise et un appel non entendu par les politiques, environ 150 femmes investissent l’église Saint-Nizier le lundi 2 juin 1975. Pas question d’en sortir tant que les peines de prison infligées pour récidive dans le délit de racolage actif ne sont pas levées. A cette revendication s’ajoute une demande contre une politique répressive exercée à leur encontre par la police. Les prostituées vont rester pendant plus d’une semaine dans l’église où se succèdent les médias, plusieurs membres d’associations, de syndicats… Mais le 10 juin, elles sont expulsées violemment par la police. Aucune parole n’a été entendue. Aucune revendication n’a été prise en compte. Et aucune négociation n’a été ouverte.

 

Une parole. Durant ce séjour dans l’église, le journaliste, Claude Jaget, a recueilli le témoignage bouleversant de 6 femmes qu’il compile dans un livre, Une Vie de putain. La compagnie du Chat Foin s’empare de cette parole forte et la fait résonner dans Loveless. Yann Dacosta et Anne Buffet ont adapté pour la scène ces témoignages « bouleversants dans la façon dont elles s’expriment et dans la clairvoyance de leurs propos ». Ce sont des parcours qui sont racontés et aussi une misère sociale qui est rappelée. « Ces femmes sont toutes des mères. Elles sont prostituées pour nourrir leur famille. Elles n’avaient pas trop alternatives ». Elles abordent le rapport au corps, n’hésitent pas à « dire ce qu’elles pensent d’elles ». Elles parlent aussi de la domination masculine, « des fantasmes des clients. Elles connaissent tous les secrets. Elles disent : nous, nous savons ce qu’ils valent ». Il est inévitablement question du regard d’autrui, des libertés individuelles et d’une vie sans amour.

Dans Loveless, six comédiennes, interprétant six femmes au caractère bien trempé, se retrouvent dans une église. Elles parlent tout en peignant la société des années 1970, rappelant l’hypocrisie de cette époque, toujours aussi présente aujourd’hui, et les contradictions.

 

Un débat. Une occasion de parler de ces femmes que la société veut cacher… Quand est abordé le sujet de la prostitution, c’est le plus souvent toute l’hypocrisie de la frange bien-pensante qui s’exprime avec des arguments moralisateurs et considèrent les prostituées comme victimes d’elles-mêmes. « Cette image de victime est insupportable pour ces femmes », indique Anne-Sophie de Médecins du monde et médiatrice du débat organisé après la représentation du 25 mars. Hypocrisie aussi d’une société qui légalise la prostitution et maintient le racolage passif comme un délit.

Depuis l’occupation de l’église Saint-Nizier à Lyon, la sortie du livre de Claude Jaget, rien n’a changé pour ces femmes puisqu’elles ne sont pas associées aux débats et qu’aucune revendication n’a été prise en considération. Pour Médecins du Monde, l’actuelle proposition de loi renforçant la lutte contre la traite des êtres humains ne peut protéger les prostituées. « La nouvelle réglementation va les obliger à se cacher. Elles devront travailler dans des lieux non visibles ou chez elles. Les associations ne pourront plus les rencontrer. Elles seront davantage en danger ». Ce sont tous ces thèmes qui seront abordés avec Marie-Christine de Médecins du monde, Masha du syndicat du travail sexuel.

 

  • Mardi 24 et mercredi 25 mars à 20 heures, jeudi 26 mars à 19 heures, vendredi 27 et samedi 28 mars à 20 heures au théâtre des Deux Rives à Rouen. Tarif : 5 €. Réservation au 02 35 03 29 78 ou sur www.cdn-hautenormandie.fr
  • Mercredi 25 mars à l’issue de la représentation : débat sur le thème A propos de la prostitution.