Au départ, il y a une rencontre entre le danseur et chorégraphe Mourad Merzouki et des danseurs brésiliens de Rio de Janeiro. Leur point commun : le hip-hop. Les seconds excellent aussi en capoeira et en samba. Le directeur du centre chorégraphique de Créteil leur écrit deux pièces, Agwa et Correria, dans lesquelles poésie rime avec virtuosité et énergie. Dans Agwa, Mourad Merzouki évoque la puissance de l’eau, symbole de la vie, et fait danser le groupe entre 800 gobelets. Correira raconte la course effrénée que chacun doit mener dans la vie pour exister. L’aventure humaine se poursuit depuis dix ans. La compagnie Käfig danse jeudi 11 et vendredi 12 janvier au Rive gauche à Saint-Etienne-du-Rouvray. Entretien avec le chorégraphe.

Qu’est-ce qui vous a séduit chez ces danseurs brésiliens ?

Ce qui m’a plu lors de notre rencontre, c’est leur énergie, leur générosité, leur histoire. Ils ne viennent pas d’un conservatoire. Ils ont appris la danse dans la rue et décrivent la réalité avec elle. Cette histoire est un conte de fées. Au départ, il devait y avoir en 2008, à la création, seulement trois représentations lors de la Biennale de la danse contemporaine à Lyon. Aujourd’hui, le spectacle a fait le tour du monde. Ce qui est intéressant c’est que j’ai vu grandir ces danseurs.

Comment ont-ils grandi justement ?

A l’époque, nous n’avions pas beaucoup la possibilité d’échanger à cause de la langue. Nous discutions à travers le corps, le mouvement. Aujourd’hui, tous parlent français, certains, l’anglais. Tous ont surtout évolué dans leur danse qui a maturé. Au départ, ils étaient de jeunes danseurs spontanés, naïfs, touchants, attachants. Je leur ai transmis Boxe Boxe. Au fil des années, ils ont appris à intégrer des pièces écrites. C’est un signe fort de leur évolution. Ces danseurs ont enfin évolué sur leurs rapports aux autres, au monde. Ils vivent leur vie. La danse les a transformés. Et cela, c’est très précieux.

Ont-ils toujours la même énergie ?

Oui et c’est ce qui est incroyable. Ils n’ont pas perdu non plus cette spontanéité et cette générosité. C’est toujours aussi touchant. Mais ça, c’est toute la force du hip-hop.

C’est aussi ce qui fait son esprit.

Et on essaie de le garder. C’est le challenge chaque matin. Il ne faut pas enfermer le hip-hop où il ne fait plus sens. Il est essentiel de rester dans le partage, de positiver, de toucher une plus large public, de confronter le hip-hop aux autres genres. C’est de cette manière que cette danse grandit et grandira encore. Il faut des prises de risque, garder le contact avec la rue, créer un va et vient entre la rue et la scène parce qu’ils sont complémentaires. Le hip-hop doit être partout, dans une chapelle, dans un centre commercial… A l’époque, le hip-hop était considéré comme un mouvement éphémère. Or, il est encore là et continue à être créatif. Quand on regarde la scène hip-hop aujourd’hui, elle a une vraie démarche artistique et une volonté de surprendre. Elle peut être engagée et divertissante. On peut voir dans le travail des chorégraphes un vrai souci de propos, de costumes, de scénographie.. C’est un signe de maturité. Ce sont de réels auteurs.

 

 

Et des directeurs de structures. Vous êtes à la tête du centre chorégraphique national de Créteil.

A l’époque, on n’avait jamais imaginé que l’on pourrait finir à la tête d’institutions comme les centres chorégraphiques nationaux. C’est très encourageant pour les acteurs qui arrivent. C’est aussi une reconnaissance importante du travail effectué et de cette danse.

Il a fallu de la rage pour parvenir à cette reconnaissance ?

Quand on regarde l’histoire, on voit bien que nous ne venons pas des conservatoires. Je suis d’origine d’Afrique du Nord. Pendant mon enfance, mon adolescence, plein de choses étaient déstabilisantes et bouillaient en nous. Cela s’est transformé en une volonté d’exister, de s’exprimer. J’ai choisi la danse. La rage est sortie sur une scène à travers mes chorégraphies. Mais il a fallu dépasser les craintes, les peurs.

La danse hip-hop vous a obligé à aller vers les autres. On ne danse pas seul.

La danse nous a en effet aidés à nous sentir plus forts face aux doutes, à être dans un collectif. Cela a été important. Quand on pousse la porte d’un théâtre, c’est l’inconnu. D’où les craintes. Nous étions une bande de copains. C’est loin derrière nous maintenant. Aujourd’hui, il y a des danseurs, des chorégraphes. Cela est dû à notre âge, 40 ou 50 ans pour certains. Il est vrai que le collectif a toujours été présent dans le hip-hop.

  • Jeudi 11 et vendredi 12 janvier à 20h30 au Rive gauche à Saint-Etienne-du-Rouvray. Tarifs : de 25 à 15 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 32 91 94 94.