photo JB Pellerin

photo JB Pellerin

Vincent Dumestre a fondé le Poème harmonique il y a 18 ans. Depuis, il se promène avec ce prestigieux ensemble sur des territoires musicaux inconnus, dans des répertoires baroques oubliés. Très vite, le Poème harmonique a acquis une belle notoriété et une reconnaissance pour ses interprétations impeccables, ses propositions musicales aussi diverses qu’audacieuses et ses productions lyriques inoubliables. Le Poème harmonique, en résidence à l’Opéra de Rouen Normandie, est une des sept structures culturelles à programmer dans le tout nouvel auditorium de Normandie, la chapelle Corneille à Rouen qui ouvre vendredi 5 février. C’est une deuxième vie qui commence pour la formation de Vincent Dumestre.

 

Était-ce inespéré d’avoir un lieu en Normandie pour le Poème harmonique ?

C’était surtout espéré depuis longtemps. Nous avons construit cette histoire à partir d’Arques-la-Bataille avec l’Académie Bach. A l’époque, il n’y avait pas de possibilité d’avoir un lieu. Nous avons été régulièrement en résidence. Aujourd’hui, nous avons plus qu’un lieu de résidence. C’est un lieu de projets. C’est pour cette raison que nous proposons plus qu’une programmation. Nous avons réfléchi à une forme artistique, pensé à une famille d’artistes.

 

Quels seront les avantages ?

Ce sera un cycle vertueux. La chapelle permettra au Poème harmonique de développer une esthétique, de montrer ce qu’est une famille musicale. C’est une véritable force d’avoir un ancrage physique pour donner des concerts et éventuellement créer. Dans une idée de miroir, le Poème harmonique va faire rayonner de manière intelligente cet auditorium lors d’une représentation à Budapest, à New York… C’est un projet qui fonctionne dans les deux sens. C’est positif pour le Poème harmonique qui évolue mais ne perd pas son cœur de travail.

 

Quel principal manque vient combler au Poème harmonique l’ouverture de la chapelle ?

La grande absente de nos projets a été la relation avec le public en Normandie. Comme nous dépendions d’autres structures, il ne nous était pas possible d’aller à la rencontre de ce public. Nous avons tout d’abord fondé l’école harmonique. C’était, pour nous, la seule manière, de mener un projet à long terme. Là, nous pouvons avoir un rapport direct et convivial avec les spectateurs.

 

 

Comment allez-vous partager votre temps entre vos recherches sur les musiques baroques, les concerts, les programmations ?

Mon travail de chercheur, de chef, de musicien nourrit toutes les productions. C’est comme avoir une double vie. Pour l’instant, nous en sommes au démarrage. Il faut que tout se mette en place. Mais cela reste une force pour le Poème harmonique.

 

A la chapelle, vous ne proposez une programmation linéaire mais cinq rendez-vous comme des mini-festivals.

Cinq, c’est un bel équilibre. Avoir de tels rendez-vous permet d’être sur une énergie. C’est dynamisant pour les musiciens et le public qui voient des artistes qui se rencontrent, s’écoutent, jouent ensemble. Ces cinq moments suivent de près ou de loin la calendrier liturgiques. Pâques et Noël, cela a du sens parce que la musique a eu beaucoup d’importance dans l’histoire de notre patrimoine. Mais on en sort aussi. Lors des Chemins de Pâques, on effleure les musiques interprétées lors de cette période et on en profite pour inventer, pour aborder des thématiques qui s’y associent, pour créer une effervescence musicale.

 

Cette programmation mêle musique, gastronomie, cinéma… L’avez-vous voulu à l’image du répertoire du Poème harmonique qui a toujours marié différentes disciplines artistiques ?

Elle est surtout à l’image du répertoire baroque, impur. Il s’est toujours nourri de plusieurs éléments et n’a jamais pris une forme définitive. Une œuvre peut être jouée de différentes manières. A cette époque, on pouvait interpréter une pièce avec un chanteur par partie ou avec un grand effectif. Tout s’organisait en fonction du lieu où vous deviez jouer, à la demande du prince, du mécène… Par exemple, l’opéra s’est nourri de la danse, de la déclamation… A la chapelle Corneille, nous élargissons au cinéma. Nous allons projeter Tous Les matins du monde d’Alain Corneau. Il faut oser les rencontres. Certaines sont naturelles, d’autres sont pleines d’audace. Le plaisir musical n’est jamais solitaire. Il est décuplé quand il s’accompagne, s’ouvre à d’autres cultures.

Concert inaugural

 

 

Les Saisons baroques

  • Du 25 au 27 mars : Les Chemins de Pâques avec le Poème harmonique, l’ensemble vocal Duruflé et l’atelier choral du pays de Bray, Éric Bellocq et Vincent de Lavenère, Les Musiciens de Saint-Julien, Édouard Fouré Call-Futy et François Lazarévitch, Justin Taylor
  • Du 26 mai au 7 juin : The Royal Time of music avec Taylor Consort, Michael Edwards, Sit Fast, l’école harmonique
  • Du 8 au 11 septembre : Concours Corneille
  • Du 3 au 7 novembre : Le grand siècle, la grâce et les sens avec le Poème harmonique et Benjamin Lazar, L’ensemble Le Quadrige, Jordi Savall, Olivier da Silva
  • Du 13 au 17 décembre : Noël de Naples à Madrid avec l’école harmonique, Le Poème harmonique, Marc Mauillon, Jean Rondeau, Pino de Vittorio
  • Programme complet des Saisons baroques sur www.lepoemeharmonique.fr