Du cinéma au théâtre. La metteuse en scène Myriam Muller porte à la scène un des premiers films de Lars van Trier Breaking The Waves, sorti en 1996. Ce n’est pas une première pour la comédienne et directrice du théâtre du Centaure à Luxembourg. Elle a déjà effectué un même travail avec Blind Date de Theo van Gogh. L’objectif reste le même : raconter une histoire. Breaking The Waves narre celle de Bess, une jeune femme élevée dans une communauté religieuse, entre interdit et tabou. Quand Jan, plus âgé qu’elle, se retrouve paralysé, elle n’hésite pas à vivre cet amour par procuration : partager avec lui ses ébats avec d’autres hommes et aller jusqu’au sacrifice ultime. Breaking The Waves est présenté jeudi 21 et vendredi 22 mars au CDN de Normandie Rouen. Entretien avec Myriam Muller.

Qu’est-ce qui vous a amené à renouveler cet exercice de l’adaptation d’un film au théâtre ?

Je voulais avoir la base d’une histoire et une liberté totale dans la création. Quand vous choisissez une pièce, elle est écrite pour le théâtre. Un scénario de cinéma laisse davantage de liberté et suscite plus l’imaginaire du metteur en scène. Il y a de nombreux personnages. On passe d’un lieu à un autre. Cela oblige en fait à l’hyperthéâtralité.

Comment avez-vous travaillé sur Breaking The Waves ?

Je travaille toujours un peu de la même façon avec presque les mêmes comédiens. L’adaptation se nourrit d’un travail à la table, d’une réflexion des uns et des autres qui enrichissement le texte. C’est un travail de chœur.

Êtes-vous restée fidèle à l’histoire de Lars van Trier ?

Oui, j’ai voulu rester fidèle à l’histoire de Lars van Trier. Même si nous sommes 25 ans après la sortie du film. La place de la femme a changé. Dans le film, il y a le regard d’un homme sur une femme. Dans la pièce de théâtre, c’est le regard d’une femme sur une autre femme. Le mouvement #Metoo est aussi passé par là. Cependant l’histoire est la même. Bess est une femme qui se libère d’un carcan communautaire, fait sa révolution et la nique aux villageois. Elle va juste coucher avec des inconnus. Aujourd’hui, ce n’est pas grave. Sauf qu’elle s’enfonce dans une tragédie. Là, on passe de l’autre côté du Styx, dans un monde misogyne, religieux où une femme ne peut pas vivre sa vie.

Qu’est-ce qui vous a touché dans Breaking The Waves ?

Cette histoire m’a touchée à cause du don de soi. C’est une question très controversée, un sujet qui n’est pas très à la mode. Qu’est-ce aussi que la bonté ? Cela m’a tout autant interpelé. Tout comme la spiritualité qui touche tellement l’intime, l’éducation des uns et des autres. 

Que retenez-vous du personnage de Bess ?

Bess prend sa vie à bras le corps. Elle va jusqu’au bout de ses convictions. Elle découvre l’amour, la passion interdite. Jan lui demande d’aller voir d’autres hommes et de venir lui raconter ce qu’elle vit avec eux. Bess donne son corps et son âme à Jan pour le sauver. C’est un gros pervers mais aussi un homme lucide.

Tous les personnages sont ambigus. Comment les jouer sur scène ?

Chaque comédien joue sa sincérité. Chaque personnage a un côté pervers, reçoit la même information et la traite intimement de différente manière.

Infos pratiques

  • Jeudi 21 et vendredi 22 mars à 20 heures au théâtre de La Foudre à Petit-Quevilly
  • Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du vendredi 22 mars
  • Tarifs : 20 €, 15 €. Pour les étudiants : carte Culture.
  • Réservation au 02 35 70 22 82 ou sur www.cdn-normandierouen.fr