Il y a sept ans, Nikopek se faisait connaître avec Rockabilly zombie Superstar, une série en 2 tomes qui rencontré son public.  Cette bande dessinée met en scène Billy, un sosie d’Elvis, devenu mort-vivant. Il parcourrait les routes du Tennessee pour retrouver les traces de son père et reformer un groupe de rock’n roll pour le moins déjanté. Nikopek, dessinateur et scénariste rouennais, a dédicacé samedi 14 octobre à la librairie Au Grand Nulle Part à Rouen.

Vous débutez Rockabilly zombie Apocalypse. série dans le même univers, mais autonome, que Rockabilly zombie Superstar. Pourquoi avoir préféré mettre en route une autre série, plutôt que de poursuivre la précédente ?

En clôturant Rockabilly zombie Superstar, j’étais un peu frustré et je me suis dit que finalement, l’histoire de Billy ne pouvait pas finir comme ça. J’avais envie d’aller sur des terrains plus sombres, plus nihilistes, avec moins d’humour. C’est pourquoi j’ai imaginé, dans Rockabilly zombie Apocalypse, un univers post-apocalyptique, qui se déroule 150 ans après, et  qui ouvre d’autres voies, comme si Mad Max rencontrait des zombies ! Dans un monde dévasté, on peut mettre les zombies face à eux-mêmes, leur propre pensée, leur propre mode de vie.

Cet exercice de style a-t-il été aisé pour vous ?

Non pas du tout ! Ça a été très difficile à écrire parce que j’avais aussi envie que la série Apocalypse puisse se lire indépendamment de Superstar, même si l’univers est le même, sans trop de flashes-back, sans répétitions. J’ai dû jongler avec tout ça et l’écriture du scénario m’a pris 6 mois ! Même si j’ai fait de nombreuses versions avant d’arriver à une qui me satisfasse pleinement, j’ai pris un pied terrible à l’écrire, puis à la dessiner.

Quand on se lance dans l’écriture d’un scénario avec des zombies, doit-t-on prendre en compte le fait qu’il y a un avant et un après George Romero, réalisateur du mythique Nuit des morts-vivants en 1968 ?

Sans conteste, oui. Il a créé un style, réécrit les règles du genre, et il ne faut surtout pas tenter de le plagier. Je déteste la série télévisée Walking Dead justement parce que c’est pour moi un « sous Romero », avec plein de bla-bla inutile. Romero, lui, a toujours su se renouveler, parler des problèmes de son temps au travers des zombies. Dans Land of the dead  (en 2005, ndlr), il a eu le génie de donner une conscience à ces morts-vivants. Je me suis inscrit dans cette voie dans Apocalypse, en mettant en scène des zombies ayant conscience de leur chance de pouvoir revivre, de retourner dans le monde des vivants, et qui sait, de pouvoir imaginer rebâtir quelque chose un jour…

Que représente la figure du zombie pour vous ?

C’est le symbole le plus effrayant du monstre, un humain devenu monstrueux, un humain devenu dégueulasse, décrépis. Un ancien-humain qui mange d’autres humains aussi, un cannibale. Le zombie, c’est pour moi ce qu’il y a de pire.

Ce qui n’exclut pas la compassion que nous pouvons avoir pour lui…

Non, pas du tout, tout au contraire. Parce qu’il y a encore une petite partie d’eux qui reste humaine. L’humanité est encore là, bien cachée mais bien présente. Dans Apocalypse, il y a de nombreux personnages étranges, notamment le Roi des Zombies nommé Hadès, et un Ranger évangéliste. Tous deux renvoient au côté sectaire des religions… Quand ils se retrouvent dans un monde dévasté, désespéré, les gens se tournent souvent vers des prédicateurs, des dieux païens… La religion est une façon imparable de contrôler les gens. C’est comme la politique, mais en plus dangereux.

Vos albums sont truffés de références. Certaines sont cachées ou indirectes. Mais le plus souvent, elles sont très directes, comme celles concernant le chef d’œuvre de Don Coscarelli, Bubba Ho’Tep avec Bruce Campbell qui joue le rôle d’un sosie d’Elvis confronté à la vieillesse dans une maison de retraite, et à une momie revenue du monde des morts.

Oui, pour moi, les références doivent être assumées. Inutile d’avancer masqué ! Un clin d’œil, pour qu’il fasse marrer, il faut que tout le monde le comprenne. Et pour ce qui est du film de Coscarelli, il m’a beaucoup marqué. Comme tout ce que j’adore, j’ai envie de l’intégrer à mes scénarios. C’est un modèle pour moi : comment peut-on oser faire un film comme ça. Ce que j’aime dans ce type de cinéma, c’est qu’il y a toujours de l’inattendu, de la surprise.

Vos références sont aussi très musicales. On retrouve en effet dans l’album Lemmy de Motorhead, Gun and Roses, et même Johnny Hallyday devenu zombie.

On a parfois dit que le rock était « la musique du diable », donc il fallait absolument que j’y fasse référence, et pas seulement avec Elvis. Et comme l’univers de Apocalypse est plus sombre que Superstar, je suis allé sur le terrain du hard-rock, de l’agressivité, de la distorsion et de la saturation.

Ecoutez-vous de la musique lorsque vous écrivez ou dessinez ?

Quand j’écris mes scénarios, il me faut un silence de mort. Je n’arrive pas à écouter quoi que ce soit, ça me disperse. Et quand je dessine, je peux écouter au mieux des musiques d’ambiance.

Votre série est construite en 3 tomes. Pourquoi avoir choisi la trilogie et quel sera le rythme de publication ?

La trilogie m’intéresse particulièrement car j’adore la mécanique que cela met en place : ça commence en posant les éléments et les personnages, se poursuit en faisant émerger les côtés obscurs, puis se conclut avec des révélations et un combat final. Le Seigneur des Anneaux, La guerre des étoiles… sont des réussites du genre et pour moi, cela convient parfaitement aux univers post-apocalyptiques. Pour que cela fonctionne à plein, il ne faut pas trop de temps entre la parution de chaque opus. Le rythme sera donc d’un tome par an, et le deuxième sortira en septembre 2018. D’ailleurs, je viens juste d’en finir le storyboard. Mais avant de l’envoyer à l’éditeur (Run, du Label 619 de chez Ankama, ndlr), je vais relire les 3 tomes de Superstar pour vérifier une ultime fois que les deux séries s’articulent bien…

Propos recueillis par Laurent Mathieu

 

  • Samedi 14 octobre à partir de 14h30 à la librairie Au Grand Nulle Part à Rouen. Entrée libre.