Après Philippe Djian, Isaac Hayes. David Desvérité vient de publier une biographie de la star américaine, la première en français. Dans Isaac Hayes, L’Esprit soul, l’auteur normand porte un regard critique sur un musicien qui a côtoyé le pire et le meilleur.

Incontestablement, c’est une légende de la soul. Isaac Hayes a hypnotisé pendant deux décennies, les années 1960 et 1970. David Desvérité revient sur le parcours de cette star, adulée, puis décriée, dans une biographie, la seule en français, qui vient de paraître chez Le Castor Astral. L’auteur normand qui a déjà signé Philippe Djian. En Marges traverse 66 ans d’une vie faite de musique, de succès, d’excès et de beaucoup d’ombres.

Isaac Hayes est tout d’abord un compositeur prolixe. Celui qui ose bousculer les codes de la soul, travailler avec un orchestre symphonique. « En 1969, cela n’existait pas encore », souligne David Desvérité. Isaac Hayes va alors aller de succès en triomphe. Notamment la musique du film Shaft, une création qui lui vaudra l’Oscar de la meilleure musique de film en 1972. Sans oublier Black Moses, « un album très moderne dans sa manière de percevoir la musique. Hayes a un sens particulier du rythme, de la composition ».

L’histoire d’Isaac Hayes se confond avec celle de Stax Records, une maison mythique. « Il est la locomotive du label », créé à Memphis par Jim Stewart et sa soeur Estelle Axton. Mais Isaac Hayes va subir les légèretés du fondateur de Stax. « Il y a quelques trafics, des impôts non payés, des contrats non honorés. Ce qui va conduire le label vers la faillite. Isaac Hayes va en pâtir ».

Pianiste d’Otis Redding

Le musicien américain, né à Covington le 20 août 1942, côtoie très vite les étoiles. Il enchaîne les disques d’or, soulève les foules. C’est une carrière incroyable pour ce petit garçon très tôt orphelin, élevé par ses grands-parents maternels. « Sa grand-mère a toujours été là. Elle l’élève. Elle lui explique que l’éducation est la clé de la réussite. C’est celle qui sera à son bras quand il ira cherché son Oscar », rappelle l’auteur. Isaac Hayes n’écoutera pas toujours sa grand-mère. Il a connu la pauvreté, le racisme, les habits rapiécés, les petits boulots… Il commence à chanter à l’église, apprend le piano, le saxophone, décroche le bac, commence à écrire des chansons et devient père à l’âge de 20 ans. Point de départ d’une carrière fulgurante : il devient par hasard le pianiste d’Otis Redding lors d’une session d’enregistrement chez Stax Records.

Isaac Hayes, chanteur à la voix suave, charme, soigne son image. Il en fait parfois un peu trop avec un look extravagant, des pantalons moulants, des plumes, de grosses chaînes sur un torse nu, des manteaux de fourrure. Il, achète d’immenses maisons, collectionne les voitures. Peu importe. Il séduit, multiplie les conquêtes et les mariages. Il se lance dans le cinéma, tourne souvent dans des navets mais est repéré dans la série South Park. Ce qui sera très rémunérateur pour lui.

Après l’ascension, la chute. Isaac Hayes ne perçoit pas une évolution dans la musique. « Il fait des reprises qui ne sont pas très pertinentes et il a un concurrent direct, Barry White ». Le public n’est plus envoûté. Le chanteur connaît des problèmes financiers, se laisse embrigader par la scientologie. A cela s’ajoutent des soucis de santé. Isaac Hayes décède le 10 août 2008 dans sa maison à Memphis.

Dans cette biographie, David Desvérité ne fait pas d’Isaac Hayes une icône. Richement documenté, le livre met autant en lumière cette part sombre que la période faste de l’artiste américain. L’auteur parvient à dresser le portrait d’un homme à la personnalité complexe en mettant en miroir l’histoire de Stax Records et celle des Etats-Unis.

 

 

  • Isaac Hayes, L’Esprit soul, Castor Astral, 256 pages. 14 €.