C’est toujours un événement et un plaisir de retrouver cette petite musique. Celle d’Olivier Adam qui vient de publier un  nouveau roman. Chanson de la ville silencieuse, paru chez Flammarion, raconte l’histoire d’une fille d’une légende du rock partie sur les traces de ce père. Olivier Adam sera mardi 13 février à L’Armitière à Rouen. Entretien avec l’auteur.

photo Astrid di Crollalanza

Pourquoi un roman sur fond de musique ?

Il fallait que je règle mon ardoise avec les « songwriters » ! Et la musique, en général. La « chose » est née à Lisbonne quand j’ai croisé un sosie de Nino Ferrer. Je suis parti sur la vieille légende de « l’artiste qui ne s’est pas suicidé, comme on l’a dit ». Il est devenu moine-soldat de la musique, refusant de demander de l’argent, etc. J’ai gardé Lisbonne, parce que c’est la ville où l’on apparaît et où on l’on disparaît au coin d’un passage, d’une ruelle. J’ai toujours aimé les villes de bordure, de lisière. En l’occurrence, l’extrémité de l’Europe. Et puis Lisbonne, c’est aussi Pessoa, le jeu des masques, cette habitude de changer de nom…

Mais votre personnage n’est pas Nino Ferrer…

Non, je m’en suis éloigné et j’ai croisé Kurt Cobain, Jean-Louis Murat, Bashung, Daho… Grâce à eux, j’ai rehaussé mon chanteur car on n’a jamais eu ce type de personnage en France. Il me fallait composer un artiste-culte à la fois par ses chansons et par son attitude.

Pourquoi faire parler la fille de cet artiste et pas l’artiste lui-même ?

Pour décrire quelqu’un qui est plus grand que moi, qui me dépasse, j’avais besoin d’un médiateur. Je me suis tourné naturellement vers la petite sœur ou la cousine de mes précédents romans. J’ai comme tourné le bouton de la fréquence et j’ai capté une voix. Le personnage vient aussi de la chanson de Vincent Delerm Danser sur la table. Réservée, discrète, je savais alors comment elle serait…

 

 

Rien à voir avec une fille de célébrité existante ou ayant existé… ?

Non, pas consciemment en tout cas. Je me suis coulé dans un personnage. Je voulais poursuivre ce que j’avais commencé dans La Renverse. Mon héroïne, c’est l’adolescente qui était toujours dans un coin et au début du roman, elle arrive à ce moment où elle se demande quelle place elle tient alors que son père a disparu depuis un moment. Elle fait le tri. J’ai toujours l’idée de prendre quelqu’un à un moment de bascule intime…

Y a-t-il un peu de vous en elle ?

Je donne des nouvelles de moi à chaque roman (rires). Elles sont liées souvent à ma sensibilité du moment. En l’occurrence, mes interrogations par rapport à la création, mes relations avec les médias… Mais quand je prends un masque féminin, j’ai l’impression qu’on me reconnaîtra moins… (rires).

Ce roman sur un musicien, l’avez-vous écrit en musique ?

J’écris toujours en musique. Je peux même écouter des chansons avec paroles ; voire avec un lexique très éloigné de ce que j’écris. J’aime aussi les accidents que cela peut provoquer et qui amènent le livre sur un sentier imprévu… Par contre, je ne relis pas en écoutant des « chansons à paroles » ! Plutôt sur du classique. Je me dis que si ce que j’écris tient la route sur Bach ou Schubert, ça ira…

Propos recueillis par Hervé Debruyne

 

  • Mardi 13 février à 18 heures à l’Armitière à Rouen. Entrée libre