Le récit de La Nuit où le jour s’est levé est inspiré d’un fait réel. En voyage au Brésil, Suzanne se retrouve dans un couvent où des religieuses accueillent des femmes enceintes. Un jour, lors d’un accouchement sous X, on lui demande de prendre dans ses bras l’enfant qui vient de naître.  Pour la jeune femme, il était impensable de se séparer du garçon. Une évidence qui l’a amenée à se battre pour l’adoption du bébé. Olivier Letellier, metteur en scène du Théâtre du Phare, a confié cette histoire vraie à trois auteurs, Sylvain Levey, Magali Mougel et Catherine Verlaguet, et à trois comédiens, Clément Bertani, Jérôme Fauvel et Théo Thouvet, également circassien. La Nuit où le jour s’est levé, nouveau volet d’un cycle sur l’engagement, est une histoire puissante racontée samedi 13 janvier au CDN de Normandie Rouen. Entretien avec Olivier Letellier.

Quelle définition donnez-vous au mot engagement ?

Je n’en ai pas vraiment. Ce mot ouvre tellement de champs différents. On a eu envie de les aborder tous et sous diverses formes. D’où les quatre spectacles : les trois solos et La Nuit où le jour s’est levé. Ce qui m’intéressait avant tout, ce sont les engagements au quotidien, toutes ces petites choses qui ne vont pas bouleverser le monde mais une multitude d’actions qui améliorent la société, la relation entre les personnes.

Menez-vous de telles actions au quotidien ?

J’en envie de dire oui. Cela se traduit dans ma manière d’être, dans les actions que je mène au sein d’associations, de centres culturels. Adolescent, j’ai fait des colonies de vacances. C’est par ce biais que je suis venu au théâtre. A 17 ans, je me suis engagé à accompagner les autres à grandir.

Le théâtre, c’est aussi une forme d’engagement ?

Oui, bien sûr. C’est particulièrement pour cela que je fais du théâtre, un théâtre qui s’adresse à tous. Ce qui m’intéresse n’est pas de m’adresser à des personnes convaincues — n n’est pas là pour se regarder le nombril — mais à un public qui n’a pas les codes. On vient lui raconter une histoire. On lui ouvre un propos pour lui permettre de grandir dans la réflexion, de lui apporter des questionnements, des raisonnements. C’est pour cette raison que le théâtre est un acte engagé, un acte politique.

 

Pour évoquer l’engagement, vous avez choisi une histoire de femme. Pourquoi ?

Pour ce projet, je voulais parler de l’engagement sans vraiment savoir pourquoi. J’avais une thématique en tête et aussi une phrase : maintenant que je sais, je ne veux plus me taire. Nous avons mené un travail au plateau avec cette histoire vraie, celle de Suzanne, comme matériau. Au début, je ne savais pas non plus qu’elle allait devenir le cœur de ce projet. L’objectif était de la raconter sans la raconter. D’autre part, le courage, c’est quelque chose de très féminin.

Raconter cette histoire par des comédiens et non des comédiens n’est pas un hasard ?

Ce sont des conteurs d’une trentaine d’années, donc des hommes en âge de devenir père, de se demander quel type de père je peux être. Quand Suzanne a eu l’enfant dans les bras, elle a ressenti un lien indéfectible. Quand certains de mes amis ont eu aussi leur bébé dans les bras, ils étaient liés à jamais. Cette parole-là m’intéressait. Comme je travaille sur l’imaginaire, si j’avais confié le texte à une comédienne, elle aurait été le visage de Suzanne. Avec trois comédiens, le public se fait sa propre image. D’autant que la famille aujourd’hui a pris différentes formes. C’est une façon de changer le regard sur la parentalité. Ce texte devient également un bel hommage aux femmes.

Les trois comédiens parlent comme d’une seule voix.

Cela m’importait parce que le récit est au centre de ce spectacle. Cela résonne très fort et renforce la question de l’imaginaire.

Que symbolise la roue Cyr, l’agrès de Théo Thouvet ?

On a décliné la scène autour du cercle. La roue Cyr symbolise la maternité. C’est la métaphore de l’enfant, de la rencontre. Il y a en effet une rencontre avec l’artiste et un agrès. Comme il y a eu une rencontre entre Suzanne et l’enfant. Ensemble, ils peuvent dépasser des montagnes. C’est un engagement physique, poétique

 

  • Samedi 13 janvier à 16 heures au théâtre de La Foudre à Petit-Quevilly. Tarifs : 6 €, 4 €. Réservation au 02 35 70 22 82 ou sur www.cdn-normandierouen.fr
  • Spectacle tout public à partir de 9 ans