Il règne une ambiance de fin du monde dans Quartett, interprété jeudi 27 avril à l’Opéra de Rouen Normandie. Luca Francesconi a composé sa musique et écrit son texte à partir de celui de Heiner Müller qui a puisé dans Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos.

La marquise de Mertreuil et le vicomte de Valmont sont comme tombés dans un piège. Tout semble irrespirable sur cette « île » remplie de poubelles, de gravas. Au-dessus d’eux, des rideaux de plastiques inquiétants. La femme et l’homme sont là tous les deux, semblables à des rescapés d’une catastrophe naturelle ou industrielle. Sales, à moitié habillés, ils se lancent dans un combat féroce qui va bien évidemment mal se terminer. Leur force, le couple la garde encore pour s’envoyer des mots épicés ou s’adonner à des étreintes violentes.

Le jeu est dangereux dans Quartett, un opéra mis en scène par John Fulljames à voir encore jeudi 27 avril à l’Opéra de Rouen Normandie. Pour Luca Francesconi, qui signe la partition et le livret, cette pièce lyrique, créée le 26 avril 2011 à la Scala de Milan, est une métaphore du monde occidental. La marquise de Mertreuil et le vicomte de Valmont sont dans cette soif de « tout savoir. Comme le souhaite l’homme occidental qui n’est pas capable de vivre ce qui se passe. Ces deux-là sont riches. Seul le profit les intéresse. La pitié est bannie. Ils peuvent se permettre d’éliminer l’amour dans leur rapport. C’est un accord entre eux. C’est l’histoire des pays occidentaux. Les richesses accumulées proviennent de la colonisation des pays qui ont été exploités jusqu’à la famine, la guerre. Notre richesse est basée sur le sang ». Là, le temps apparaît comme une revanche. La marquise de Mertreuil et le vicomte de Valmont ne supportent pas l’idée de vieillir. Le fait de se regarder dans un miroir devient un drame. Pas facile de s’accepter lorsque l’on vieillit. Alors la marquise explose de jalousie. « C’est le sentiment le plus basique », remarque Luca Francesconi. Tout au long de la pièce, on passe de ces instants de rage vivement exprimés à des pensées intimes grâce à des voix enregistrées. Ce qui rend ces personnages quelque peu humains.

L’artiste italien a composé une musique empreinte de tension du début jusqu’à la fin de cet opéra de chambre. Une tension qu’il a aussi ressenti pendant l’écriture de Quartett. « J’ai composé 70 % de l’oeuvre dans la douleur. Il a fallu que je trouve une dramaturgie. Ce qu’il n’y avait pas dans le texte de Heiner Müller ». Luca Francesconi imagine cette phase de décadence, puis de rêves avant la chute finale.

  • Jeudi 27 avril à 20 heures au Théâtre des Arts à Rouen. Tarifs : de 46 à 10 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 98 74 78 ou sur www.operaderouen.fr