Les saisons se terminent et les prochaines se dévoilent. On connaît désormais celle de l’Opéra de Rouen Normandie. Arrivé au cours de l’automne 2017, Loïc Lachenal, le nouveau directeur, a présenté la centaine de spectacles à l’affiche d’un lieu qui a désormais le label de théâtre lyrique d’intérêt national.

« C’est une saison de transition », la première de Loïc Lachenal, arrivé à la direction de l’Opéra de Rouen Normandie le 1er octobre 2017. Donc quelques mois seulement pour écrire une programmation de 100 spectacles et concerts (150 levers de rideau) pour 2018-2019 au Théâtre des Arts et à la chapelle Corneille. Cette saison laisse néanmoins entrevoir la marque que le nouveau directeur souhaite imprimer à l’Opéra. Là, Loïc Lachenal tient les engagements énoncés dans son projet. Les œuvres du répertoire lyrique sont certes au programme (Butterfly de Puccini, Faust de Berlioz, Le Comte d’Ory de Rossini, Carmen de Bizet, l’opéra participatif de la saison, Eugène Onéguine de Tchaïkovski…) mais elles sont explorées dans des formes et des formats inédits pour « veiller à la création », un des axes du projet. En tout onze spectacles lyriques « avec une lecture contemporaine. Les ouvrages sont revisités. C’est une façon vivante de voir l’opéra »,  de proposer une lecture du monde d’aujourd’hui pour « s’émouvoir du présent », titre de l’édito de Loïc Lachenal publié dans la brochure de la saison.

L’orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie reste « le cœur battant et le moteur artistique ». Pas de chef permanent encore pour la formation et « ce n’est pas grave » assure le directeur qui veut se donner le temps. Cette saison est assurée par plusieurs maestros, Pierre Dumoussaud, Fiona Monbet, Christophe Grapperon, Ben Glassberg, Gergely Madaras, Antony Hermus, Jamie Phillips, Luciano Acocella, ancien directeur musical de l’Opéra de Rouen Normandie, et quelques grands solistes dont Victor Julien-Laferrière. Ravel, Rachmaninov, Brahms, Dvorák, Mozart avec son Requiem, Beethoven et la célèbre Symphonie n°9 sont au programme des concerts. A noter : « le concert devient spectacle », avec une méditation de Clara et Delœuil sur Les 7 Dernières Paroles du Christ en croix de Haydn. Les deux metteurs en scène en font un dialogue universel entre musique, poèmes lus par André Wilms et les images de Jérusalem.

De Mozart jusqu’à Abba

Pour fêter le Nouvel an, pas de valses de Vienne cette saison. Loïc Lachenal pourrait bien se faire taper sur les doigts par les puristes. C’est un grand saut dans le temps pour se retrouver dans les années disco avec Music of Abba. L’orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie et l’orchestre régional de Normandie, dirigés par Nader Abbassi, accompagnent quelques musiciens de la formation originale pour jouer les grands tubes du quatuor qui a gagné l’Eurovision en 1974.

Quant à la danse, le programme se veut éclectique avec le hip-hop de Kader Attou, le ballet de l’Opéra de Bordeaux, la collaboration entre Alban Richard, directeur du centre chorégraphique nationale de Caen, et Arnaud Rebotini, la lecture des mythes de Wim Vandekeybus, la fresque de Jan Fabre et la version de Roméo et Juliette d’Angelin Preljocaj.

Autre programmation très attendue : celle de la chapelle Corneille à Rouen. La Région Normandie,  propriétaire du lieu, a souhaité la confier à l’Opéra. Pour Loïc Lachenal, il a fallu « être à la hauteur de la magnificence du lieu. La chapelle offre des expériences de concert inhabituelles. Comme un rituel ». Le directeur y confronte les répertoires « de la musique de l’époque élisabéthaine au ragga indien ».

La saison de la chapelle s’ouvre et se termine avec de jeunes interprètes. Au début, le Concours Corneille lancé par le Poème harmonique, et à la fin, une scène ouverte aux élèves du conservatoire de Rouen. Entre temps, on pourra entendre de très grandes voix, comme le chœur Accentus, Jakub Orlinski, A Filetta, Karine Deshayes, Philippe Sly, Sandrine Piau. C’est le lieu de plusieurs spectacles audacieux tels que L’Allégorie du désir écrit à partir du Cantique des Cantiques, un duo entre la pianiste Vanessa Wagner et le musicien electro Murcof, une galerie de portraits féminins imaginée par David Bobée sur des airs de Haendel, un dj set d’Arnaud Rebotini.  Retour également du Poème harmonique, des Musiciens de Saint-Julien, de l’ensemble Variances et de La Maison illuminée avec quatre week-ends musicaux.

 

Un label et une enveloppe supplémentaire

Loïc Lachenal est un directeur gâté. La présentation de sa nouvelle saison est accompagnée de bonnes nouvelles. Françoise Nyssen, la ministre de la Culture et de la Communication, a attribué à l’Opéra de Rouen Normandie, comme à celui de Dijon et de Lille, le label de théâtre lyrique d’intérêt national. « C’est une reconnaissance importante du travail engagé, d’une scène majeure qui va permettre de se projeter dans un développement », se réjouit Catherine Morin-Desailly, sénatrice et présidente de la commission Culture, Tourisme et Attractivité du territoire à la Région Normandie. Pour Loïc Lachenal, « cela crée des obligations et des devoirs. Je suis heureux de les assumer ».

Un tel label s’accompagne d’une plus grande ambition. Hervé Morin, président de la Région Normandie, a rappelé lors de la présentation de la saison son souhait d’aller « vers l’excellence. L’Opéra de Rouen Normandie doit être un des grands lieux lyriques en France ». Un label, c’est aussi la certitude d’obtenir une enveloppe financière supplémentaire. 750 000 € ont été ajoutés au budget de l’Opéra qui atteint désormais les 13 millions. La répartition : 150 000 € pour l’État, 200 000 € pour la Région et 400 000 € pour la Métropole.

Depuis jeudi 31 mai, la Métropole Rouen Normandie a intégré le conseil d’administration de l’établissement public de coopération culturelle et prend ainsi le relais de la Ville de Rouen. La Métropole devient alors le propriétaire du bâtiment et renonce  à la perception du loyer, soit une contribution de 400 000 €. « L’Opéra est l’institution culturelle de référence », souligne Frédéric Sanchez, président, qui a fixé des « perspectives exigeantes ». Il y aura tout d’abord un diagnostic du bâtiment avant « un projet architectural. Il faut inscrire le Théâtre des Arts dans le XXIe siècle ».

Autre annonce : la création d’un pôle lyrique qui doit « favoriser de réelle coopération entre les pôles caennais et rouennais. Il ne portera pas atteinte aux autonomies de chacun », assure Jean-Paul Ollivier, directeur régional des Affaires culturelles en Normandie. Il sera dôté d’un fonds de 100 000 € mais les contours du projet restent encore flous.